Compte rendu du rassemblement à Dunkerque du 18 au 13 mai 2018
Par Lionel Fromage et J Jacques Dujardin
Jeudi 14 juin 2018 (par Lionel Fromage)
Première matinée d’excursion pour les seize participants arrivés la veille. Nous nous retrouvons au petit-déjeuner avant le départ pour une incursion en terre du Nord – direction le fort des dunes à Leffrinckoucke.

Le car mis à notre disposition nous attend au pied de l’hôtel. Départ à 09h15. Nous arrivons vite sur le site situé à 6,9 km de notre hôtel. A l’entrée du fort, une guide nous attend. Après les présentations d’usage, la visite commence.
Edifiée en 1878 sur un site de 5 ha, cette construction imaginée par le général Séré de Rivière avait pour but de protéger Dunkerque et son port de toute attaque par l’Est. Nous grimpons sur les hauteurs d’où l’on peut apercevoir l’étendue des dunes, positionner Zuydcotte, voir les aménagements réalisés lors de l’occupation allemande, bunker, défense anti-aérienne, radar etc.
Après toutes les informations nécessaires pour comprendre l’utilité de ce fort, nous reprenons les chemins sablonneux pour nous rendre dans les souterrains du fort…un vrai labyrinthe. Durant la seconde guerre mondiale, le fort des dunes fut au cœur de l’opération « Dynamo » dont nous aurons l’explication dans l’après-midi.
Une centaine de soldats y périt sous le feu intense des bombardements allemands parmi lesquels le général Janssen, chef de la 12e division d’infanterie motorisée.

Après la guerre, le fort fut laissé à l’abandon jusqu’en 1998, année où la ville de Leffrinckoucke le racheta.
Après cette visite, nous nous rendons vers la plage de Malo au restaurant « La Patatière » pour nous restaurer. Là, Jean-Jacques et Nadine Dujardin se joignent à nous.
L’opération Dynamo (par Jean-Jacques Dujardin)
Après un repas fort sympathique, un guide nous rejoint devant le restaurant pour entamer la visite de ce qui fut appelé «l’opération Dynamo».

Quatre ans avant le débarquement allié en Normandie, le littoral français a été le théâtre d’un autre épisode majeur de la Seconde Guerre mondiale. Il s’agit de l’Opération Dynamo, nettement moins connue aujourd’hui que ce qui fut appelé le jour J. Et pourtant, il suffit de rappeler quelques chiffres pour mesurer l’importance de cette page de l’histoire de la campagne de France qui durera 9 jours pleins, entre le 27 mai et le 4 juin 1940, où près de 340 000 soldats britanniques et français furent évacués de la poche de Dunkerque par une flotte hétéroclite de 850 bateaux. Parmi ces navires il y avait des centaines d’embarcations de pêche, de plaisance, de secours en mer ou de la marine marchande. Grâce au courage des marins, mais aussi à l’efficacité des pilotes de la Royal Air force, cette opération sans précédent a été un succès qui a permis aux Britanniques de poursuivre la guerre contre les Allemands, même s’ils ont dû laisser sur place l’essentiel de leur matériel et de leur armement.
Cette page d’histoire a été portée par 2 fois à l’écran.
Le premier film, appelé «WEEK-END A ZUYDCOOTE», a été adapté du roman éponyme de Robert Merle qui avait reçu pour son oeuvre le prix Goncourt en 1949. Le film a été tourné par Henri Verneuil en juin et juillet 1964 sur les lieux même de l’Opération Dynamo avec Jean-Paul Belmondo, François Perier, Jean-Pierre Marielle et Pierre Mondy pour les rôles principaux.
Le second, appelé «Dunkirk«, a été réalisé au printemps 2016 par le réalisateur Christopher Nolan. C’est une grosse production américano-britannico-française qui a investi la plage où s’est déroulée l’opération Dynamo. Ce tournage, qui ne mobilisa pas moins de 1 500 figurants, offrit à la ville de Dunkerque une publicité qu’elle n’attendait pas. Le tournage à Dunkerque a duré 24 jours sous le nom de code «Bodega Bay». D’après ce que nous avons appris par notre guide, les habitants comme les figurants gardent un excellent souvenir de ce tournage qui a changé Dunkerque de ses habitudes.
Quant au pourquoi de l’appellation «Dynamo», la réponse est simple. Le chef de cette opération; le vice amiral Bertram Ramsay, avait installé son quartier général dans une cave du château de Douvres où avait fonctionné, jadis, un groupe électrogène. D’où le nom de Dynamo… simple non ?
Un arrêt est ensuite fait au cimetière des soldats britanniques tombés durant ces 9 jours de combats.


Musée de Dunkerque (par Lionel Fromage)
Vers 16h00 départ pour le musée de Dunkerque (en visite libre).

Ce musée est installé dans les casemates du « bastion 32 » qui furent construites en 1874 dans le cadre du renforcement de la défense côtière.
Ce bastion fut le quartier général des Forces Françaises et Alliées pendant la bataille de Dunkerque et «l’opération Dynamo» du 26 mai au 4 juin 1940.
Ce lieu historique rassemble une importante collection de photographies, de cartes, de matériel militaire de l’époque (armes, canons, moteurs d’avions, tenues …).
La deuxième vague d’adhérents vient d’arriver ; il s’agit : d’Yves et Liliane Lanéry, Jean-Michel et Rosine Viviani, Pierre et Kris Troté, Daniel et Raymonde Sturny, Didier et Armelle Le Prévost et Cédric Nicolas.
Vendredi 15 juin 2018
Sur les pas de Jean-Bart (par Jean-Jacques Dujardin)
Notre groupe, maintenant fort de 28 personnes, est prêt à entamer cette nouvelle journée de visite. Direction Gravelines dans la très proche banlieue de Dunkerque afin de visiter un site qui voit se construire un vaisseau de 1er rang du XVII ème siècle.

L’idée de cette construction voit le jour en 1992 avec la création de l’association Tourville créée par Christian Cardin, ingénieur hydrogéologue et plongeur. Le but est de construire sur le littoral de Dunkerque un vaisseau du XVII ème siècle au sein d’un parc historique et de loisir dédié aux corsaires et à la marine de Louis XIV. Le projet a débuté sur ce site en 2002.

C’est Christian Cardin, le créateur de cette association qui nous fait l’honneur de nous recevoir pour nous faire visiter le site de construction. Après des explications données au sein d’un petit musée regroupant des objets divers liés à cette construction, nous partons sur le lieu de construction pour découvrir le squelette à taille réelle du futur navire. C’est impressionnant ! Nous apprenons que c’est une aventure qui demandera environ 250 000 heures de travail sur une période estimée à plus de 15 ans. La réalisation de cette «cathédrale», exécutée suivant les méthodes de l’époque, impose la construction d’une forge car l’assemblage des structures est fait au moyen de clous et de chevilles de grande dimension. Le bois utilisé est le chêne et, afin de valoriser les copeaux et la sciure de bois, une saurisserie a été édifiée pour fumer suivant les méthodes traditionnelles du saumon label rouge.

Une fois terminé, ce vaisseau aura une longueur de 57 m de l’éperon à l’étambot pour une largeur de 15 m. La hauteur au château arrière sera de 17 m et le tirant d’eau de 6 m pour un poids total estimé entre 1 400 et 1 600 tonnes. Cette construction demandera environ 1 800 m3 de chêne soit l’équivalent de 3 600 chênes sur pied.
Contrairement à l’Hermione, le Jean-Bart n’aura pas vocation à naviguer car cela imposerait de monter des instruments de navigation modernes et un moteur, ce qui ne correspond pas aux souhaits du créateur Christian Cardin. A terme, ce navire sera l’attraction principale d’un village artisanal où sera recréée l’ambiance des vieux métiers (charpentiers, menuisiers sculpteurs, calfateurs, forgerons etc.) qui accompagnaient la construction des vaisseaux du Roi Soleil.
Visite de Dunkerque à pied (par Jean-Jacques Dujardin)
L’histoire de Dunkerque est liée à la mer du Nord. A l’origine c’était un petit village sans nom habité par des pécheurs et construit à l’extrémité Ouest d’un banc de sable.

Vers l’an mille, la construction d’une église (ou chapelle) fut décidée afin d’évangéliser la zone. Cette construction donna son nom au village qui devint «Duinkerk» en flamand occidental, ce qui voulait dire «église des dunes», «duin» (dune) et «kerk» (église). Puis ce village se développa et devint une grande ville portuaire, aujourd’hui troisième port marchand de France après Marseille et Le Havre. A ce jour, la ville compte un peu moins de 100 000 habitants.
Dunkerque, ville peu fréquentée par les Français, bien plus par les Belges (frontaliers) et les Hollandais, est surtout connue pour son original carnaval qui est l’évènement majeur annuel de la ville. Ce carnaval est un ensemble de festivités qui se déroulent dans l’agglomération de fin janvier à début avril, soit environ 3 mois et au cours desquels des bandes de «carnavaleux» défilent dans les rues derrière la musique conduite par un tambour-major portant un uniforme napoléonien ; puis ils se retrouvent la nuit dans des grandes salles de l’agglomération pour faire la fête en mêlant chansons carnavalesques et musiques contemporaines. La majorité de ces bals est organisée par des associations philanthropiques.
On ne peut évoquer le carnaval de Dunkerque sans parler de son origine dont les premiers signes remontent à l’époque où des gens masqués parcouraient déjà les rues de la ville. Il faut néanmoins remonter aux XVII et XVIII èmes siècles pour mieux comprendre le carnaval actuel. A cette époque, les armateurs offraient à leurs marins, un festin, une fête donnée à la veille de leur départ pour les mers périlleuses d’Islande où ils péchaient la morue. Ces fêtes furent à l’origine de la «Visscherbende» qui signifie bande de pêcheurs en flamand. Le hasard a voulu que la fête des gens masqués et celle des bandes de pêcheurs tombent à la même période, ce qui mélangea les genres et c’est de cette «rencontre» que naquit le bien connu carnaval de Dunkerque.
Aujourd’hui, ce carnaval, connu nationalement, est toujours un grand moment pour les Dunkerquoises et les Dunkerquois.
La visite de Dunkerque nous mènera vers l’hôtel de ville et son beffroi, l’église Saint-Eloi avec son clocher de l’autre côté de la rue et une tour, seul vestige de l’enceinte de la ville. La promenade se poursuivra par une visite «spéciale Jean Bart» au musée portuaire.
Visite du musée portuaire (par Lionel Fromage)
Cet ancien entrepôt de tabac du XIXème siècle, transformé en musée, accueille diverses collections, des corsaires aux pêcheurs d’Islande, des dockers aux pilotes, de la goélette aux porte-conteneurs.

Une guide nous prend en charge. Un rappel de la construction du port de Dunkerque et de son histoire au fil du temps nous est fait. Au fur et à mesure que nous avançons, différents équipements, matériels et maquettes s’offrent à nos yeux, sans oublier l’illustre corsaire Jean Bart et son histoire. Notre charmante guide nous révèle qu’une chanson sur Jean Bart est chantée lors du carnaval. Nous avons pu écouter un extrait.
En sortant du musée, on découvre, amarré au quai, le trois-mâts La Duchesse Anne, ex-bâtiment allemand, donné à la France comme dommage de guerre et, de l’autre côté du bassin, le «Princess Elizabeth» un navire britannique à vapeur et à roues à aube qui s’est illustré lors de la bataille de Dunkerque. Aujourd’hui il est devenu un grand restaurant.

Samedi 16 juin 2018
Le blockhaus d’Eperlecques (par Lionel Fromage)
Les seniors toujours alertes prennent la direction d’Eperlecques, ville située à 38 km de Dunkerque, afin de découvrir le blockhaus, première base de V1 et V2.


Sur place, le guide nous transporte rapidement dans l’histoire tant sa manière d’évoquer les événements est précise. Chaque détail sur le parcours «découverte» d’une durée de 1h30 nous interpelle. Caché dans la forêt, au détour d’un chemin, le monstre d’un hectare de béton apparaît. Le groupe est saisi. Notre illustre guide dont les connaissances historiques sont intarissables nous rappelle les faits : 22 décembre 1942, Hitler donne l’ordre de construire de toute urgence une usine d’assemblage et une base autonome de lancement de fusées V2 pour anéantir Londres et Anvers (Londres se trouve à 197 km du site).
Pour construire ce bloc de béton, il est fait appel aux STO, aux prisonniers de diverses nationalités (Belges, Polonais, …). Grâce à la Résistance, les Alliés eurent vent de cette forteresse. Les bombardements se succédèrent. Des bombes Tallboy furent larguées sur Eperlecques (la Tallboy était une bombe inventée par le Britannique Barnes Wallis et utilisée par les Alliés en 1944. Sa particularité était de pénétrer le sol avant d’exploser: Le concept de Barnes Wallis était d’éviter que l’énergie destructrice soit absorbée par l’air). Une de ces bombes tomba sur le toit du blockhaus, l’impact reste visible sur l’arête Nord. Il y eut la bombe «Disney» inventée par le Capitaine Terell de la Royal Navy. Cette bombe était destinée à l’attaque d’ouvrages fortement bétonnés. A l’extérieur, on peut apercevoir une rampe de lancement de V1 d’une longueur de 45 mètres.

La lettre «V» utilisée habituellement au sens de Versach (prototype) signifie «Vergeltang» c’est-à-dire représaille. Les V2 furent lancés en réponse aux bombardements alliés. D’ailleurs, pour la petite histoire, ce guide rencontra il y a quelques années, l’ingénieur allemand qui s’occupa des plans de construction mais n’en connaissait pas la suite donnée.
Musée de la dentelle à Calais (par Lionel Fromage)

Après une pause déjeuner à Houlle au «Rallye d’Artois», nos anciens prennent la direction de Calais, distant de 33 km pour aller découvrir le musée de la dentelle. Mesdames, vous êtes chouchoutées, quoique les messieurs soient pris dans l’engrenage de cette visite. Sous la houlette d’un guide, la visite commence par l’évocation du site actuel et la réhabilitation de l’ancienne usine Boulart (*). Sur ce bâtiment contemporain, côté quai de la gendarmerie, on peut voir une façade en verre évoquant les courbures sensuelles de la femme, sérigraphié des motifs de cartons métier Jacquard ainsi que celle de l’ancienne usine en maçonnerie de briques jaunes existantes, rehaussée des teintes bleues, orange et rouges des vitrages de fenêtres.
(*) L’usine Boulart : ce bâtiment est édifié en deux phases principales, constituée de trois corps de bâtiment sur quatre niveaux disposés en U autour d’une cour centrale. Dans la place intérieure, deux tours d’escalier permettaient aux ouvriers d’accéder aux étages par des coursives et ceci sans passer par les ateliers concurrents.
Il est évoqué l’histoire de la dentelle au fuseau et à l’aiguille, telle que pratiquée depuis le XVIème siècle, puis vient l’histoire de la dentelle mécanique née au cours du XIXème siècle (le premier métier Leavers, de fabrication anglaise, arrive à Calais en 1816). Continuant notre chemin, nous découvrons le processus de fabrication de la dentelle mécanique.

Une première salle est occupée par des machines Leavers qui sont régulièrement actionnées pour des démonstrations (auxquelles nous avons eu droit par le «Maître») puis nous poursuivons sur le parcours de fabrication d’une dentelle, du dessin à la commercialisation.

N’oublions pas la carte perforée, indispensable pour la création du motif.
Pour finir cette visite instructive pour toutes et tous, nous explorons l’usage de la dentelle dans la mode du XXème siècle et la création contemporaine.

Dimanche 17 juin 2018
Musée de la Mine à Lewarde. (Par Lionel Fromage)
Après avoir récupéré lors de l’AG le dernier participant en la personne d’Eric Varin, le groupe va terminer la croisière touristique de ce séjour dans les Hauts de France en allant visiter le musée de la mine du Nord à Lewarde, à 128 km de Dunkerque. Mais, avant la visite, nous déjeunons sur le site, au restaurant «Le Briquet» (nom donné au casse-croûte que le mineur emmenait au fond de la mine chaque jour) situé dans l’enceinte du musée.

Après avoir pris quelques forces, nous partons pour l’aventure, en passant devant les salles d’expositions temporaires, carreau de la fosse Delloye, puis devant le bureau de l’ingénieur, le bureau du géomètre, le bureau du comptable; nous passons devant le garage à vélos pour nous rendre dans le vestiaire ou «salle des pendus» avec ses douches fixées au mur.
Là attend un ancien mineur, Michel Dupuis, qui nous raconte son métier, son parcours, son début dans la mine à l’âge de 14 ans (pour certains l’âge était 10 ans). Son descriptif vivant employant dans son intervention des phrases en «Ch’timi» – donnait une note fort agréable à entendre. Formidable narrateur, chapeau monsieur !
Après cette brillante intervention, un autre guide nous prend en charge pour la suite de la visite en passant par la lampisterie, l’infirmerie, pour emprunter la passerelle des mineurs. Mais, avant de continuer, un casque jaune est distribué à chacun «attention à la tête» ! Coiffé de cet élément, nous nous dirigeons vers l’ascenseur pour descendre en deux groupes dans les galeries.

Nous écoutons attentivement le récit de notre accompagnateur dans les différentes époques traversées jusqu’à nos jours : reconstitution de la vie dans les galeries sinueuses, le travail, le matériel employé, les équipements, la collecte du charbon, le transport, les enfants poussant les chariots puis vint le cheval jusqu’à l’arrivée de la machine pour tracter ces wagonnets.

Bien sûr il ne faut pas oublier la pénibilité, la ou les maladies faisant leur apparition (la silicose). Après avoir arpenté les longs couloirs éclairés, nous retrouvons la lumière du jour.
C’est par cette visite très instructive que nous fermons ce livre Dunkerque, riche en culture, en histoire et avec un président heureux, content d’avoir mis ce programme sur pied.
.
