Souvenirs par Dominique CHAPPINI : RAPA NUI

Témoignages

(île de Pâques) 1968/1969

L’île de Pâques, cette île étrange et si mystérieuse est aussi la plus isolée sur terre. Accompagnés de l’aviso «Victor Schœlcher», nous venions de quitter Valparaiso avec beaucoup de regrets. Après avoir approché l’île Juan Fernandez du véritable Robinson Crusoé, nous poursuivions notre route en naviguant pendant 7 jours à vitesse lente, la turbine bâbord ne pouvant faire mieux.

Ce 13 janvier 1969, le matin de bonne heure, la « Jeanne d’Arc » jeta l’ancre pour la première fois dans la baie de Cook, devant le petit village d’Hanga Roa.

De mémoire, malgré la forte houle du Pacifique, le mouillage s’effectua dans de bonnes conditions mais, après la fin du poste de manœuvre, le débarquement des permissionnaires ne devait pas se passer comme le prévoyait la feuille de service.

Une embarcation de reconnaissance était mise à l’eau, elle comprenait un indispensable pilote Pascuan, le 1er maître Bosco, un QM Bosco, plus un mécanicien et un groupe de permissionnaires auquel j’appartenais. A l’évidence, avec une forte houle de fond et ses trop nombreux récifs à fleur d’eau, la passe ne permettait pas un rapide débarquement en toute sécurité. Finalement, le commandant décida de faire un débarquement par les airs, par rotations continues des 4 hélicoptères HSS et des 2 Alouette III. Le bruit inhabituel et assourdissant du ballet d’hélicoptères n’avait pas du tout effrayé les îliens, puisque, lors de la seconde escale de la « Jeanne d’Arc » en 1971, le LV Antoine Morcello écrit : « lors de la visite du bord, les îliens dédaignent les embarcations et gagnent tous un vol en hélicoptère».

Exceptionnellement lors de cette escale, en l’absence de représentation officielle, la tenue de sortie des permissionnaires était le treillis. Le soir, lors du retour à bord, nous constations que, par la quantité de poussières terreuses rapportée, cette tenue était effectivement la plus adaptée pour circuler dans l’île, que ce soit à pied ou à cheval…L’île n’ayant pas de possibilité de restauration, le matin avant de quitter le bord, nous recevions un « panier », celui-ci composé principalement de sandwiches.Une fois à terre, à notre surprise, nous étions attendus au débarcadère par les Pascuans qui nous proposaient, comme seul moyen de transport, des chevaux à louer et, comme seule monnaie d’échange, le troc.

Exclusivement, le dollar était parait-il accepté, mais en l’absence de magasin, le troc permettait, semble-t-il, aux Pascuans de mieux s’approvisionner en biens inexistants sur l’île. Un peu naïf, je m’étonnais, ainsi que d’autres camarades, de constater que les Pascuans étaient assez friands de nos flacons d’after-shave Mennen, de la coopérative du bord. La raison en était fort simple, ils ne se parfumaient probablement pas, mais ils le buvaient vraisemblablement …

Je n’ai plus souvenir de mon aisance à parcourir l’île à cheval, ni de l’obéissance de ma monture, mais le mal de fessier du lendemain est encore bien présent dans ma mémoire.

Mon camarade Claude Baschy, du poste 5, me remémorait récemment le souvenir cocasse d’un midship à cheval … Je lui laisse le soin d’en raconter la scène : Après avoir troqué des chaussures usagées, mais en bon état, ainsi que de l’eau de Cologne « Voile de Soie », je partis à cheval, accompagné de quatre ou cinq camarades pour découvrir le site de Ahu Kivi. Contournant une colline dénuée de toute végétation, nous avancions en file indienne, mais personne ne se risquait à doubler, nous étions tous de piètres cavaliers. Soudain, un cheval au galop, monté par un officier élève, nous doubla à vive allure, puis il disparut dans la courbe du chemin. Nous étions admiratifs d’avoir vu ce midship avec tant de maîtrise, alors que nous avions du mal à nous tenir assis sur ce qui nous servait de selle. Nous avancions à notre rythme, quand soudain, nous avons découvert à terre une casquette qui était celle d’un officier élève. En continuant, on découvrit un peu plus loin un appareil photo, là, pas de doute, il s’était passé quelque chose d’anormal. Effectivement, la réponse ne tarda pas à venir, un peu plus loin notre midship « road runner » revenait, à pied sans cheval. J’étais déçu, je pensais avoir vu un bon cavalier, mais je dois avouer, les chutes ont toujours fait rire, et là nous n’avons pas dérogé à la règle, une séquence digne d’un dessin animé.

En 1960 un tsunami avait ravagé l’île et les quelques moaïs encore debout étaient nez à terre. Lors de notre passage à Rapa Nui, étaient déjà relevés les 2 moaïs isolés de Ahu Tahai et les 7 moaïs d’Ahu Akivi, seul site à l’intérieur de l’île ; ces moaïs sont les seuls regardant vers l’Océan. Certains d’entre nous avaient poussé la visite vers la pointe Est de l’île et constaté en un lieu, un très grand nombre de moaïs à terre, il s’agissait vraisemblablement de l’Ahu Tongariki.

L’artisanat était peu existant sur l’île. Avant l’appareillage, en plus de quelques rares clichés fixés sur des diapositives, j’ai rapporté la reproduction d’une petite tête de moaï en tuf volcanique, vraisemblablement sculptée par un atypique artiste Pascuan, et une petite statuette Moaï Kava Kava en bois.

Le temps nous étant vraiment compté, je n’ai pu aller visiter le cratère du volcan Rano Kau d’un kilomètre de diamètre, ni celui de Rano Raraku et ses centaines de moaïs inachevés.

Le lendemain soir, nous levions l’ancre pour aller à la rencontre, via Mururoa, des vahinés de notre escale exotique suivante, Tahiti. Cette campagne était sans escale aux Marquises, îles d’origine des très lointains ancêtres des Rapanuis.