Souvenirs par Jean-Pierre REUMAUX : Préparation du passage de la ligne

Témoignages

Mon affectation comme secrétaire du BSI ne m’offrait pas beaucoup de temps morts car il y avait toujours du travail à faire.

Un matin, le capitaine d’armes entra dans mon bureau avec, sous le bras, un gros paquet qu’il ouvrit avec délicatesse. C’étaient des exemplaires du certificat de baptême pour le passage de la ligne. « Ce sont de très beaux documents, me dit-il en souriant.

Dans ce paquet, il y a 400 exemplaires de ce certificat mais je vous demande la plus grande discrétion concernant la cérémonie devant se dérouler le 14 février 1972, entre Surabaya et Singapour. C’est un secret qu’il vous faudra garder jusqu’au 14 février. Je vous confie donc le soin de les compléter un par un.»

Ce que me demandait le capitaine d’armes était un travail fastidieux, long et délicat. Il fallait que je calligraphie le nom, le prénom, la date du passage de la ligne, et cela, service par service puis classer les certificats par ordre alphabétique. Le bidel me conseilla de prendre mon temps et de ne le faire que par mer calme et aussi de bien laisser sécher l’encre de Chine qui servait à la calligraphie. Il fallait que ce soit impeccable.

J’en fis une douzaine le premier jour, et il est vrai que je ne m’en sortais pas trop mal. De plus ce n’était pas désagréable car c’était presque un travail «pièce unique». Dès que j’en avais terminé avec un service, j’allais remettre le paquet au bidel. Ce travail m’a pris plus d’un mois car bien évidemment, je n’avais pas que cela à faire et il arrivait parfois que la Jeanne roule plus que de raisonnable !