Souvenirs par Daniel STURNY : Une aventure inattendue

Témoignages

En ce lundi 22 octobre 1984, je suis en attente d’une réponse suite à un entretien pour un

emploi. A 7h30, Raymonde, mon épouse, me dit :

– Dis donc, ce matin sur RTL dans l’émission de Patrick Sabatier, il y a un voyage à gagner aux Antilles avec 2

jours à bord de la Jeanne d’Arc ! Puis elle part au travail.

8h30, je décroche le téléphone et, après plusieurs questions, je passe à l’antenne à 9h15 après quelques candidats qui avaient répondu correctement à 2 ou 3 questions. Le jeu consistait à répondre à 10 questions portant sur la Jeanne d’Arc et les Antilles. Je réponds à 7 et échoue à la 8 ème. Attente très longue car il reste quelques candidats et une personne monte à 5 bonnes réponses. Je commence à retenir mon souffle. Elle chute à la 6 ème ! A 9h55, je suis déclaré gagnant de ce jeu pour aller sur «tata Jeanne» avec mon épouse et 2 autres personnes de mon choix. J’invite ma sœur et mon neveu. Quelques renseignements sont pris par Sabatier : je lui raconte que, 16 ans auparavant, j’avais effectué mon service militaire avec son réalisateur de l’époque, connu dans le monde de la radio, Claude Eimer. Ils sont ravis que ce soit un matelot de la Jeanne d’Arc qui ait gagné ce voyage.

Le 10 novembre suivant, nous avons fait Paris/Fort-de-France en avion. Nous sommes arrivés le soir même à Fort-de-France et avons été informés par haut- parleur que nous étions attendus après le passage en douane par 2 lieutenants de la marine nationale afin de nous indiquer le programme pour les jours suivants, avant l’arrivée de «tata Jeanne» : les différents endroits à visiter et aussi la remise du carton d’invitation pour la réception à bord, plus connue sous le nom de «coquetèle». Le 14 novembre au soir, nous allons rencontrer la commissaire, madame Leroux, à la Direction des relations publiques auprès du pacha qui nous donnera les informations nécessaires. le 14, nous montons à bord avec le «tout Fort-de-France» pour le cocktail et sommes accueillis par la commissaire.

Après les présentations, se retrouver sous le velum qui était la principale corvée de mon service sur le PH aux arrivées en escales, cela fait un drôle d’effet. Bien sûr, nous sommes questionnés par certains professionnels et invités.

Le 14 novembre, nous retrouvons la commissaire à bord qui nous adjoint 2 élèves officiers tout frais émoulus de l’École Navale. Pour commencer, ils nous indiquent le poste élève libéré pour notre nuit à bord avec comme voisins de bannette une équipe de FR3 télévision de Rennes. Pour l’anecdote, mon épouse et ma sœur sont officiellement les deux premières femmes civiles à passer une nuit en mer à bord d’un bâtiment de combat.

Après l’appareillage de Fort-de-France, nous sommes conduits dans différents services à visiter. Toute une partie de l’équipage voulait nous avoir pour elle ! En soirée, nous sommes séparés. Mon épouse est invitée au carré des officiers supérieurs, ma sœur chez les officiers subalternes, mon neveu chez les officiers élèves. Et moi, vu mon grade, je suis bien entendu invité à la «cafet» équipage ! Quelle émotion de me retrouver à la rampe pour prendre un plateau inox et passer devant le «sako» de service souriant sans avoir à faire poinçonner ma carte de «cafet» ! Là, entre deux bouchées, j’ai passé mon temps à répondre aux questions des quartiers maîtres et matelots sur ma campagne 1967/1968.

C’est certainement la première fois que je passais autant de temps à la «cafet» ! Après ces échanges, on est venu me chercher pour prendre un pot au bar des maîtres et des seconds. Là aussi, entre deux gorgées, je ne savais plus où donner de la tête tant les questions étaient nombreuses. On vient à nouveau me chercher pour rejoindre le bar des officiers mariniers supérieurs où je retrouve mon épouse, ma sœur et mon neveu entourés de premiers maîtres et maîtres principaux. Remise de cadeaux, photos et pot de l’amitié.

La soirée étant bien entamée, nous descendons à la machine, endroit où je n’avais pas mis les pieds 16 ans plus tôt.

Puis c’est la visite du poste 10 (M030) où j’ai passé 13 mois 20 jours et 12 heures ; les «mimis» qui nous accompagnent sont complètement débordés par les hommes de ce poste, et particulièrement les PONEV, endroit se trouvant au-dessous de la fosse ascenseur et au-dessus des hélices.

Dans la nuit profonde et houleuse, nous continuons notre promenade dans les coursives, coins et recoins, hangar, passerelle navigation et passerelle avia, le bureau obs. Nuit très courte, surtout en compagnie de l’équipe télévision de FR3.

5h30. On vient nous réveiller car il faut être au poste de manœuvre.

Dans la matinée, nous avons rendez-vous dans l’appartement privé du pacha, le capitaine de vaisseau Bonnot, qui nous reçoit avec beaucoup d’attentions (ce commandant était lieutenant de vaisseau et aussi le «mitron» lors du passage de la ligne en 1967/1968). L’entretien fut très courtois et il remet une tape de bouche à mon épouse ainsi qu’un coffret à bijoux à ma sœur. Je rencontre également le pacha en second, le capitaine de vaisseau Raguet, qui fut, quelques jours, mon capitaine de compagnie au service PEH au moment de ma libération.

Invitation au bureau du bidel, le major Guer ; c’est bien la première fois qu’il me demande de m’asseoir car la dernière fois, c’était non pas assis mais au garde-à- vous pour entendre ma punition suite à un «problème» à l’escale de Sainte- Hélène … mais c‘était avant …

C’est à la Guadeloupe que nous avons vécu cette aventure des retrouvailles avec la Jeanne d’Arc. Il y avait aussi un secrétaire militaire que nous connaissons tous bien, un certain Lionel Fromage !

Que de souvenirs, 16 ans plus tard et particulièrement l’odeur des entrailles de la Jeanne d’Arc, cela ne s’oublie pas !