Souvenirs par Jean-Pierre REUMAUX : L’ascenseur de Papeete

Témoignages

Le 14 décembre 1971 nous arrivons pour une escale d’une semaine à Papeete.

Nous avons accosté au quai d’honneur habituellement réservé aux paquebots en escale. Comme la coutume le veut, nous avons été accueillis par les chants et les tambours tahitiens accompagnant un ballet de danseuses, toutes plus ravissantes les unes que les autres. La coupée «officiers» fut rapidement prise d’assaut par les autorités civiles et militaires. La musique du bord envoya la Marseillaise et nous, garde d’honneur, étions à poste pour recevoir les invités.

Après leur départ, nous avons pu débarquer. Avec mon copain Nicolas, nous allons faire un tour sur le quai et nous arrivons aux abords d’un paquebot américain, pas de première jeunesse, mais aux lignes superbes. C’est le Mariposa, construit en 1952 et qui finira sa carrière en Chine en 1996 sous le nom de Jin Jiang.

Les gardes de la coupée nous ayant remarqués, ils nous firent signe de monter à bord. Après présentations d’usage, ils nous demandèrent si nous n’aurions pas à bord de la Jeanne d’Arc un technicien capable de réparer leur ascenseur principal tombé en panne.

Sans rien leur promettre, nous retournons sur la Jeanne et nous demandons à voir le patron (Maître fusible) très sympa et surnommé «Tit-fût» vu qu’il était de petite taille et un peu enrobé. Nous lui expliquons la situation et, à notre grande surprise, il nous répond sans hésiter : «Pas de problème». Là-dessus, il prend sa sacoche à outils et nous faisons route vers le Mariposa.

Un garde nous emmène alors jusqu’à l’ascenseur et là, «Tit-fût» déballe son matériel puis réfléchit, examine, bosse, transpire,teste et remet l’ascenseur en état de marche en un temps record, sous les applaudissements des gens présents. Une diffusion générale annonce la remise en service de l’ascenseur grâce à l’efficacité d’un officier français de la Jeanne d’Arc. Nouvelle salve d’applaudissements, et nous voilà transformés en vedettes. On nous a surnommés les «French Popeye»

Bien évidemment, après un tel service rendu, le chef mécanicien nous invita au bar des premières classes où nous attendaient le commandant et le commissaire du bord. Le commandant, après nous avoir chaleureusement remerciés, nous conta son périple puis nous interrogea sur le nôtre. Le plus étonnant, de la part d’un pacha de paquebot de croisières, est qu’il enviait notre tour du monde !

De fil en aiguille, la conversation s’éternisa et on nous pria de venir dîner à bord en compagnie d’invités de choix. C’est ainsi que se termina mon premier jour d’escale sur un quai de Papeete.