Souvenirs par Alain BOULANGER : La sécurité à bon dos !

Témoignages

Sécurité, sécurité……..

Vous savez tous que la sécurité n‘est pas un vain mot dans la marine ; la sécurité incendie et voie d’eau est primordiale pour garantir l’intégrité du navire. Chacun d’entre nous a effectué des journées de formation afin de connaître la manière de procéder pour éteindre un incendie ou étancher une voie d’eau. Tous n’ont pas gardé un excellent souvenir de la mise en œuvre des exercices, mais tous étaient conscients de cette absolue nécessité.

L’anecdote que je vais vous narrer met en scène deux QM1 boscos qui supposaient que la sécurité pouvait tout excuser.

Les faits se déroulent lors de l’une des campagne 64/65 ou 65/66 et se situent en escale, à l’étranger, dans un grand port maritime. Ce n’est pas que je veux taire les lieux, mais je ne m’en souviens plus et ce n’est pas essentiel. Nos deux «choufs» ont à leur actif pas mal d’années de navigation et leurs compétences techniques ne souffrent aucun reproche. Ils sont tous deux originaires de la façade maritime et, comme nombre de leurs collègues d’enfance, ont embarqué à la pêche, à la marmar ou à la Royale.

Quelquefois, dans ces différentes branches maritimes, des antagonismes naissent et il n’est pas rare de chambrer ou de se faire chambrer. Toutefois, lorsque l’on croise la route de l’un de ses «pays», alors là, c’est la fête. Qu’il soit de la marmar ou de la Royale, cela n’a aucune importance : Ça s’arrose….C’est ce qui arrive à nos boscos lorsqu’ils rencontrent un de leur «pays» embarqué sur un cargo qui fait escale dans le même port que nous.

Ils sont invités sur le cargo, y passent une partie de la soirée et, après moult histoires de filles et après moult «A la tienne mon pays», il doit être 3 heures du matin et il faut rejoindre le bord. Le port est immense ; la Jeanne y est à quai mais on ne sait plus très bien où, sans doute à l’autre extrémité du port, le retour risque d’être compliqué… Qu’à cela ne tienne, le bosco du cargo a une idée, la chaloupe du bord est rapidement mise à l’eau et il va les reconduire par ce moyen.

Nos deux «choufs» se souviennent, vaguement, que la Jeanne est bâbord à quai et qu’à tribord, ils peuvent embarquer par l’échelle de coupée sans trop se faire remarquer. Aussitôt dit, aussitôt fait, ils font route et arrivent en vue du bâtiment. Pas très frais, ils s’y reprennent à plusieurs reprises pour accoster et les bruits de moteur le long du bord finissent par alerter l’officier de quart qui hèle le pilote. C’est alors qu’apparaissent à la proue, prêts à prendre pied sur l’échelle de coupée, nos deux brigadiers. A la demande réitérée de l’officier de quart sur le pourquoi de leur présence sur cette embarcation, ils répondent : «Contrôle de sécurité, visite de coque…».

Bien entendu, l’affaire ne pouvait pas en rester là et, en rejoignant leur bannette, ils savaient qu’ils seraient invités à venir s’expliquer le lendemain devant le commandant en second.

Compte tenu de leurs états de service, et qu’aucun antécédent défavorable ne leur était reproché, ils s’en tirèrent à bon compte, avec un simple avertissement. Le

commandant en second, qui avait une bonne dose d’humour, n’a pas omis d’évoquer le fait que «ce sursis de punition était en partie dû à leur grande conscience professionnelle qui les mettaient en alerte permanente, même à trois heures du matin, pour garantir la sécurité du bâtiment».