1 génése de la Jeanne campagne 1964 / 1965

Campagnes

La vie de la Jeanne d’Arc

Par Jean-Jacques Dujardin

Avant d’entamer la prestigieuse vie du PH Jeanne d’Arc, je ne peux éviter d’évoquer en quelques mots son prédécesseur : le croiseur du même nom.

Mis sur cale le 31 août 1928 aux ateliers et chantiers de Penhoët à Saint-Nazaire, ce croiseur est construit en un temps record puisqu’il est lancé le 14 février 1930. Ce bâtiment, très moderne pour l’époque, est reconnu comme une véritable réussite, tant comme navire école que comme navire de guerre. Admis au service actif le 6 octobre 1931, il rejoint Brest qui devient son port base.

Jusqu’en 1939, la Jeanne d’Arc va effectuer huit campagnes de l’école d’application. Caréné à Brest en mai 1940, le bâtiment est envoyé à Halifax (Canada) après l’armistice du 17 juin 1940 afin de convoyer une partie des réserves d’or de la banque de France. De retour d’Halifax, le croiseur gagne Fort-de-France où il est désarmé et reste immobilisé jusqu’en juin 1943. En juin 1943, il rejoint les forces alliées et reprend la mer le mois suivant. En août 1944, après avoir reçu une ceinture d’immunisation, il demeure à Malte comme renfort éventuel d’artillerie. Revenu en Afrique du nord le

24 septembre 1944, il demeure indisponible jusqu’à son incorporation à la Task Force 86, ultérieurement rebaptisée Flank Force, du 25 octobre 1944 jusqu’en mars 1945.

A partir de juillet 1946, le croiseur reprend son rôle d’école d’application, rôle qu’il assurera jusqu’au 4 juin 1964.

Les premières années du PH.

On peut dire que la décision de construire ce qui deviendra le PH Jeanne d’Arc a été prise le 22 novembre 1955 par le Conseil Supérieur de la Marine (CSM). Ce jour-là, il est décidé que le remplacement du croiseur école Jeanne d’Arc, encore en service, sera un bâtiment école en temps de paix mais militairement opérationnel comme porte-hélicoptères, bâtiment de commandement et de transport de troupes.

A peine deux mois plus tard, le 14 janvier 1956, le projet (PH57) de construction de la Résolue est arrêté par le ministre des armées et l’ordre de mise en chantier est signé le 8 mars 1957. Les travaux d’usinage débutent en juin 1959 et la première tôle est posée le 31 août 1960 dans le bassin 9 de Lannion à l’arsenal de Brest.

L’avancement des travaux est considérable et c’est le 30 septembre 1961 qu’a lieu la mise à l’eau, en présence du ministre des armées, Pierre Messmer.

Dix-neuf mois plus tard, le 4 mai 1963, après la fin des gros travaux, c’est l’armement pour essai avec 450 hommes embarqués sous les ordres du CV Clotteau. La modernité du bâtiment est remarquée, notamment avec l’arrivée des bannettes en remplacement des hamacs, sans oublier les machines à repasser et un pressing, comme à terre.

Le 17 juin, deux hélicoptères Alouette II sont détachés pour des essais. Du 18 au 21 juin s’effectue la première sortie en mer et le 10 juillet, lors d’un essai de vitesse, la Résolue atteint 27 noeuds, ce qui correspond aux prévisions. Le 8 août, en compagnie du croiseur Colbert, des essais de tirs sont réalisés au large des côtes bretonnes. Du 16 au 21 août, trois hélicoptères HSS1, une Alouette III et 2 Alouette II sont détachés à bord et procèdent à des essais sur coffre, en rade et à la mer. Durant ces essais, un problème d’agencement est posé par une cheminée trop courte qui enfume le pont d’envol. Il va falloir la remplacer par une plus haute.

Le premier armement définitif du porte-hélicoptères se fait du 1er octobre 1963 au 24 février 1964.

La croisière d’endurance de la Résolue

Le 13 mars 1964, le bâtiment entame l’indispensable croisière d’endurance. Il emporte 8 HSS 1 de la 33F et une Alouette II. La nouvelle cheminée a été mise en place et tout est paré pour la première navigation lointaine qui va débuter dans une mer moyenne mais qui, dès le 16 mars, se transformera en mer 7 avec un fort roulis. La cause est entendue : la Résolue roule…!

Du 20 au 25 mars, première escale à Fort-de- France du porte-hélicoptères qui, pour l’occasion, rencontre le croiseur Jeanne d’Arc effectuant sa dernière campagne d’application. La Résolue se met au mouillage dans la baie des Flamants. Le Président de la République, le général Charles de Gaulle, monte à bord du croiseur puis, à bord de la vedette présidentielle, il longe le côté bâbord de la Résolue.

Les escales suivantes seront : Les Saintes, Philadelphie, Reykjavik puis Cherbourg le 22 avril afin de débarquer les HSS et d’embarquer un SA-321 G Super Frelon pour une tournée de présentation aux autorités danoises et allemandes. C’est ensuite le départ pour Hambourg, Copenhague et retour à Brest le 7 mai. Le rapport de commandement du CV Clotteau est excellent mais il signale deux inquiétudes : celui du roulis pour la plateforme hélicoptères et l’absence du système de missile Masurca qui était prévu et qui, d’ailleurs, ne sera jamais monté.

Le 4 juin 1964, le croiseur Jeanne d’Arc effectue son dernier retour à Brest et la Résolue est présente pour le saluer. Un mois et demi plus tard, le 16 juillet 1964, le porte-hélicoptères LaRésoluedevient la Jeanne d’Arc R97. Vingt-et-un coups de canon résonnent sur Brest et les marins changent le ruban de leur bachi. Le CV Clotteau quitte le commandement de la Résolue et c’est le CV Postec, commandant du croiseur, qui prend le commandement de la nouvelle Jeanne d’Arc. A noter une modification importante, réalisée avant la première campagne, celle du raccourcissement des passavants inférieurs pour y placer, paraît-il, le bar des seconds maîtres par bâbord. Voir photos en dessous.

La première campagne de la nouvelle Jeanne d’Arc (1964/1965)

C’est le ministre des armées, Pierre Messmer qui, le 5 novembre 1964, donne le départ de la première campagne d’application du porte-hélicoptères Jeanne d’Arc. Le bâtiment emporte à son bord 4 hélicoptères HSS de la flottille 32F et 4 Alouette III de l’escadrille 22S. Comme son prédécesseur, il est accompagné par l’aviso-escorteur Victor Schoelcher. Pour cette première campagne, un tour du monde par l’ouest est programmé avec 14 escales, Fort-de-France, Balboa, Les Marquises, Papeete, Nouméa, Sydney, Wellington, Fremantle, Diego Suarez, La Réunion, Durban, Rio de Janeiro, Dakar, Lisbonne) et un retour à Brest le 8 avril 1965 après une campagne qui aura duré 154 jours.

A signaler : Durant la traversée Brest / Fort-de- France, deux journalistes de l’ORTF, Pierre Sabbagh et

Alexandre Tarta, font un reportage à bord. En route vers Nouméa, la Jeanne affronte sa première grosse tempête, ce qui oblige le pacha à annuler l’escale aux Nouvelles-Hébrides.

Dès le début juin, la Jeanne et son escorteur partent pour un entraînement avec l’escadre de la Méditerranée. Après une escale à Toulon, les deux bâtiments retrouvent Brest le 25 juin.

Mes ref : Site Netmarine

: » La Jeanne‘ » de Luc-Christophe Guillerm

: « Les 45 campagnes de la Jeanned’Arcet de ses marins » Antoine Morcello

: « La Jeanne d’Arc porte-hélicoptères R97″ Stéphane Dugast et Christophe Géral

: Les avis et commentaires d’anciens de la Jeanne d’Arc.