par Nicole Capoulade

L’Association des Anciens Marins de la Jeanne d’Arc, région Ouest, compte parmi ses membres une perle tonique et dynamique au rire communicatif et à la mémoire infaillible ! Les dictionnaires de son enfance, remplis de planches sur les bateaux, lui indiquent la voie à suivre dès l’école primaire. C’est décidé, il sera marin ! Né à Noisy-les-Bains (Algérie) en 1934 alors que le pays est encore un département français, c’est à l’aube de ses dix-huit printemps que notre ami écrit à Marine-Oran et réussit les tests d’admission. Formé pendant deux mois à l’école des fusiliers marins de Sirocco, il choisit la spécialité de timonier. Il m’est difficile de ne pas faire le lien entre le vent violent saharien, homonyme de Sirocco, et les trois glorieuses qui, lors de la campagne 1962-1963, balayeront
« notre Charlie » hors de la chambre des cartes du croiseur Jeanne d’Arc alors accompagné de l’aviso- escorteur Victor Schœlcher !

Et oui, certains l’auront deviné, c’est de Charlie Amara dont je suis fière de vous parler aujourd’hui. Charlie, qui détient la Marseillaise en Breton, se trouvait sur le croiseur Jeanne d’Arc quand le Général de Gaulle est venu à bord lors d’une escale à Fort-de-France. Aujourd’hui, Charlie est le porte- drapeau des Anciens Marins de la Jeanne d’Arc de la région Ouest. Charlie donne aussi une partie de son temps et toute son énergie aux anciens marins malades ou incapables de se mouvoir librement, sans oublier ses distributions de chocolats pour Noël. Charlie, c’est aussi celui qui, de mains de maître, cultive son jardin potager rue des Bruyères à Plouguin. C’est aussi celui qui élève ses six belles poules domestiques qui, dès qu’il apparaît ou dès qu’elles entendent sa voix, accourent cou tendu et ailes battantes en formant les rangs militairement pour lui faire la fête.
« Mais où est passé Charlie » de 1934 à nos jours ? dirais-je en plagiant les livres-jeux de Martin Handford « Où est Charlie ? » dans lesquels le lecteur doit réussir à trouver le personnage.


1962 /1963 : Sur le croiseur Jeanne d’Arc (photo :Charlie Amara) A la table des cartes marines (Photo : Charlie Amara)
Mais, revenons aux transmissions… Tous les marins savent que « Charlie » est associé à la lettre C dans l’alphabet normalisé de l’OACI (Organisation de l’Aviation Civile). A 18 ans, Charlie Amara rejoint pour six mois l’école de timonier du Cap Brun près de Toulon. Il en sort breveté après avoir prêté serment et juré de ne jamais trahir les secrets de la Marine ni de vendre des données à l’ennemi, sous peine de mort. « C’est bien écrit dans le texte », précise-t-il. Il est ensuite affecté sur le Sabre, patrouilleur côtier américain basé à Oran (1952-1955). Les messages transmis en Scott (Morse lumineux) et les signaux à bras n’ont plus de secrets pour lui, tout comme les signes, les pavillons marins civils et militaires et la phonie.

De retour à Toulon pour six mois afin de suivre les cours de QM au Cap Brun, il embarque dans un premier temps sur l’escorteur d’escadre, la Bourdonnais, puis sur un PC français flambant neuf, l’Adroit, basé à Lorient (1955-1958). Un mois en SURMAR (SURveillance MARitime) et ce sera « la virée d’endurance », sur l’aviso-escorteur Victor Schœlcher pris en armement à Lorient, qui l’emmène aux Antilles, plus précisément à Fort-de-France, sa ville marraine.

Comme vous le savez tous, le Victor Schœlcher est désigné comme escorteur du croiseur Jeanne d’Arc. Charlie passe SM au Cap et, à son arrivée à Sydney, est désigné pour embarquer sur la Jeanne d’Arcqu’il rallie à Brest en 1961 pour une période de deux ans (1962-1964). C’est quand la Résolue vient les rejoindre à Fort-de-France en 1964 que Charlie met le Grand Pavois pour le Général de Gaulle, se souvient-il ! Puis, en 1965, la spécialité de timonier est momentanément supprimée. Deux choix lui sont alors proposés : transmetteur ou bosco ? Charlie sera bosco (manœuvrier) ! Il passera deux années sur le bâtiment de soutien logistique, La Garonne, alors à Tahiti, avant de devenir instructeur à l’école de Maistrance de 1969 à 1972. Ce sera ensuite de nouveau Tahiti en tant que gérant nautique de Mataïa où Charlie embarque sur Le Tenace, un remorqueur de haute mer qui porte assistance aux pêcheurs du Groenland.

Charlie termine sa carrière militaire en 1980 à la préfecture de Brest à l’OCI/DC (Ouvrages Cartes Instruments – Documents Centralisés). Devenu civil, il est embauché à l’arsenal où il travaillera au service Courrier, départ / arrivée, jusqu’à ses 60 ans. Vous l’aurez compris, Charlie est un des plus anciens membres de l’association des Anciens Marins de la Jeanne d’Arc de la région Ouest.

Rouen juin2013.Charlie devant l’ancre de la Jeanne

Charlie et son légendaire sourire
C’est dans les années 80 que Charlie devient porte-drapeau. Pour lui, c’est important et il en est fier ! Cependant, Charlie regrette que l’Association ne soit pas reconnue d’utilité publique comme le sont les sections d’officiers mariniers et de quartiers maîtres, des médaillés militaires ou encore les anciens combattants. Il souhaite ardemment que « les Anciens Marins de la Jeanne d’Arc » se retrouvent autour du drapeau de leurs sections respectives pour le temps qu’il faudra ! « C’est, dit-il, notre point de ralliement. Malheureusement, un jour nous partirons tous et notre association disparaîtra comme ont disparu les associations qui nous ont précédés : Richelieu, Dunkerque, etc. Je fais partie de » ceux de Verdun « , leurs descendants et leurs amis, de l’amicale du Finistère. Si nous restons unis, nous pouvons perpétuer la mémoire de nos glorieux bâtiments qui ont porté le nom Jeanne d’Arc. En France, il y a beaucoup d’amoureux de Jeanne (indépendamment de tout parti politique).
Actuellement, le drapeau est présent. Malheureusement, quand un de nos camarades nous quitte, tant que cela reste dans la région, le porte-drapeau assume financièrement les frais. Hors région, il faut trouver une solution, surtout si la famille le souhaite ».
Telles sont les difficultés à surmonter en ce moment. Il faut trouver des volontaires pour que la mémoire survive. Et une coque pour porter le nom ! Notons, pour les nostalgiques, que le porte-hélicoptères Jeanne d’Arc, mis en service en 1964 et désarmé en 2010, avait une des plus longues flammes de guerre. Soixante-cinq mètres d’après le supplément à la revue Marine-Océans de septembre 2010 et ce, après quarante-cinq missions au sein du Groupe École d’application des Officiers de Marine.
