Les recettes de Tante Jeanne : Du bon emploi des Peintres de la Marine

par Jean-Michel Bergougni

La mode est aux « collectors ». Pâté du Mataf, boîtes de sardines ou de gâteaux débordent d’ingéniosité et d’imagination pour rendre leurs produits plus visibles et plus attractifs à la clientèle. Bateaux, calvaires, coiffes bretonnes, Mont-Saint-Michel et autres illustrations décorent nos boîtes en fer blanc.

Le nombre de nos bâtiments diminuant, nos peintres de Marine risquent de manquer d’embarquements et de sujets à représenter… Je leur proposerai donc une opération de peinture comme celle demandée début 1900 par l’amiral De Lannessan.

Paris 3 décembre 1900

Faire repeindre les boîtes de conserves dont la peinture a disparu.

Messieurs, il est fréquemment soumis à ma sanction des procès-verbaux de condamnation proposant la destruction de denrées trouvées avariées dans les dépôts de vivres de la Marine aux colonies.

En ce qui concerne les conserves de bœuf, la détérioration est souvent attribuée à l’oxydation des boîtes, due la plupart du temps à la disparition, par suite de frottement ou de toute autre cause, de la couche de peinture qui recouvre le fer-blanc.

En vue de remédier dans la mesure du possible à la perte résultant des condamnations dont il s’agit, j’ai l’honneur de vous prier de donner des ordres pour que les agents chargés des magasins de la Marine fassent mettre de côté, pour être repeintes, les boîtes de conserves qui leur paraîtront, lors de chaque recensement, susceptibles d’être atteintes par l’oxydation.

Les dépenses résultant de l’achat de la peinture nécessaire pour cette opération seront supportées par le Chapitre Vivres du budget de la Marine.

Signé : De LANNESSAN

C’est à Pasteur que l’on doit la vulgarisation du procédé d’appertisation des conserves. Répondant à un concours lancé par Napoléon Ier, Nicolas Appert proposa, pour conserver les vivres des armées, d’effectuer un traitement thermique dans des contenants hermétiques aux liquides, aux gaz et aux micro-organismes. Les aliments chauffés à une température de 110 à 130° C sont débarrassés des micro-organismes ou enzymes susceptibles de les altérer.

Depuis, la conservation par le froid s’est développée; réfrigérateurs, congélateurs, surgélateurs envahissent les cuisines et les fonds de nos bateaux.