Les recettes de Tante Jeanne : et ses souvenirs patagons.

2006 souvenirs patagons. recette 9 1

par Jean-Michel Bergougniou

Les Patagons, avec les marins, sont des tribus mythiques à qui tout peut arriver.

Depuis la découverte de la Patagonie par Magellan, ces lieux, longtemps nommés sur les cartes « Regio gigantum », ont terrorisé les marins et occasionnés moult naufrages. Les pires

histoires se colportaient sur la « région des géants » : » Les hommes mesuraient trois fois la taille des marins, ils se nourrissaient de viande crue et tout pouvait y arriver et y disparaître ». Jean Raspail, écrivain de Marine, ne me contredira pas.

Eh bien, en voici une dont Tante Jeanne a bien ri…. plus tard.

Dans les chenaux de Patagonie, vent bien établi, force à définir, navigation en eau resserrée.

En cuisine, la « cuisse » surveillait ses feux et la préparation des repas. Rien de bien spécial en ce jour (pour vous dire, le menu n’a même pas été retenu » !).

En machines rien de bien spécial non plus, les machines avant et arrière donnent la puissance nécessaire à l’évolution du bateau.

Dans ces chenaux étroits et glacés, où les paysages sont à couper le souffle, la navigation en eaux serrées demande l’attention de tous, du pacha dans son fauteuil au veilleur sur les ailerons, l’oeil sur le viseur de l’alidade égrenant les azimuts.

Et puis tout à coup, tout s’arrête, les manomètres baissent, les voyants s’allument, les klaxons s’affolent.

Tout, ou presque tout, s’arrête à bord et le bateau poursuit sa route tant bien que mal sur une seule ligne d’arbre. En passerelle, on téléphone à la machine qui répond qu’on ne sait pas d’où vient le problème! La tension est palpable. Le commandant donne 30 minutes pour régler le problème si on ne veut pas finir à la côte !

En machine, c’est le branle-bas de combat, tout le monde s’affaire…. On s’active, on démonte, on ouvre, on doit trouver la panne… Les collecteurs sont démontés et là, des crevettes, des centaines de crevettes, peut-être des milliers !

La Jeanne, en traversant un immense banc de crevettes, a aspiré par les collecteurs ces crustacés qui ont, par leur nombre, obstrué les filtres et provoqué l’arrêt de la machine.

Et, comme dit le chef-machine Didier Nyffenegger, « On a même réussi à récupérer les crevettes cuites et à les servir sur un plateau d’argent au pacha« . Et, avec son humour et sa stature de Patagon, il ajoute: « J’avais trouvé une toque de cuistot. Je suis monté en passerelle en lui tendant les crevettes fumantes. – Commandant, vous pouvez repartir. »