Une page d’histoire : 1979 L’accident de « Juliet » d’après le témoignage de Jean-Louis Olive.

Info et Histoire
1979 Pont d'envol avec HSS

par Jean-Jacques Dujardin

Le 29 mars 1979, le PH Jeanne d’Arc se trouvait au large de l’îlot français de Clipperton. C’était la quatrième fois que la Jeanne visitait cet atoll corallien perdu au milieu du Pacifique, à trois jours de mer des côtes mexicaines. Le temps était beau et la mer calme, tout ce qu’il fallait pour que les marins désignés puissent passer une bonne journée sur l’atoll. Dans la matinée, les marins prirent place à bord des hélicoptères HSS qui les déposeraient à terre, une terre qui, malgré sa petitesse (12 km de diamètre), avait connu une histoire assez tragique.

L’atoll étant français, il est coutumier que les navires militaires français, croisant dans les parages, s’y arrêtent pour y monter les couleurs, voire y sceller une plaque de passage sur l’unique rocher de l’îlot.

Ce 29 mars donc, les hélicoptères faisaient la navette entre la Jeanne et Clipperton quand, pour des raisons mal connues, le HSS J (Juliet dans l’alphabet phonétique OTAN) rentra en résonance et se coucha, côté tribord du pont d’envol. Le service de sécurité intervint aussitôt et, hormis une belle frousse et quelques égratignures des pilotes et occupants, il n’y eut aucune conséquence humaine.

Le phénomène de résonance est rare mais bien connu des pilotes. Lorsqu’un hélicoptère est au démarrage ou au régime normal, posé au sol, il peut rentrer dans un phénomène dangereux appelé  » Résonance Sol » (RS). Ce phénomène est causé par les vibrations engendrées par le rotor principal avec le train d’atterrissage et le sol. Il peut détériorer, voire détruire un appareil en quelques secondes. Les causes peuvent être multiples, amortisseurs usagés, train d’atterrissage défaillant, pose sur des terrains pentus, ce qui peut être le cas sur le pont d’envol d’un navire qui roule.

Après un examen attentif de Juliet par les spécialistes, il apparut évident que l’hélicoptère était perdu. La décision fut donc prise de s’en séparer, non sans avoir tout fait pour récupérer ce qui pouvait l’être.

En fin de journée, les chanceux se trouvant sur Clipperton, eurent la surprise de voir la Jeanne s’éloigner et prendre la direction du large, ce qui n’était pas prévu. Que se passait-il ? En fait, la seule manière de se débarrasser de Juliet était de le jeter en mer mais assez loin de l’îlot pour trouver la profondeur. Une fois sur place, et après avoir installé des glissières partant du pont d’envol, l’hélicoptère fut poussé à la mer et plongea dans le Pacifique dans un plouf retentissant.

Quelques instants plus tard, c’est avec soulagement que les habitants temporaires de Clipperton, rougis par le dur soleil, ont vu la Jeanne revenir et entreprendre les rotations de retour.

C’est ainsi que, ce jour-là, la Marine Nationale perdit un hélicoptère HSS dont, aujourd’hui, il ne reste que peu d’exemplaires.