par Jean-Jacques Dujardin sur une idée de Joël Chandelier
Il y a quelque temps, l’ami Joël Chandelier m’a informé qu’il y avait eu à Brest une reine de la Jeanne d’Arc, ce que j’ignorais. Afin d’en savoir un peu plus sur cette reine, Joël s’est proposé de la retrouver pour que je puisse faire une interview.
Malheureusement, bien qu’il ait remué ciel et terre, Joël n’est pas parvenu à retrouver cette femme, partie à la retraite en janvier 2018. Je vous livre ici la petite histoire dont l’essentiel a été récupéré sur un article du journal Le Télégramme.

Cette ancienne reine s’appelle Mireille. Née en 1946, Mireille M. habite sur la rive droite de la Penfeld, appelée Recouvrance. A 18 ans, elle trouve un travail au cinéma Omnia situé rue de Siam, cinéma que les marins brestois de cette époque ne peuvent avoir oublié. Tous les jours elle franchit le pont de Recouvrance qui enjambe l’arsenal. Un arsenal qu’elle connaît bien car son père est charpentier de marine et, comme elle le dit :
« L’arsenal était un peu devenu ma deuxième maison ». Entre 1964 et 1967 elle est donc ouvreuse dans ce cinéma et côtoie les spectateurs qui sont très souvent des marins. Elle fréquente également le café « l’Epée », un bistrot qui jouxte la salle de cinéma. Cette fréquentation lui donnera plus tard l’envie d’ouvrir son propre établissement. Très populaire, notamment auprès des officiers de marine, Mireille est désignée Reine de la Jeanne d’Arc et invitée par les officiers de l’époque, au bal donné sur la Jeanne avant son départ pour la campagne 1965/1966.

Afin de donner à cette élection une vraie dimension, le carré des officiers se cotise et offre à Mireille une belle robe et des chaussures achetées chez « Béatrice », un magasin huppé de Brest, sans oublier une séance chez le coiffeur. Le jour de la fête, le commandant de la Jeanne, Christian Claverie, a installé la demoiselle à sa table, avec champagne et l’a bien évidemment invitée à danser. Des souvenirs comme cela ne s’oublient jamais.


En 1967, à 21 ans, elle décide de devenir patronne et achète le bar « Les Caboteurs » situé au 17 de la rue Vauban, dans son quartier de Recouvrance, au cœur même du repaire des marins et des ouvriers de l’arsenal. Je suis certain que quelques anciens de la Jeanne ont connu « Les Caboteurs ». Mireille le dit : « J’ai toujours aimé le contact avec les gens ». Puis les années ont défilé avec leur lot de sacrées fiestas et de rencontres avec quelques personnalités comme Thierry Le Luron et beaucoup d’autres.
Et puis, vers les années 1990, elle a ressenti le déclin. Les militaires ont commencé à partir et la fréquentation de son bar en a souffert. Après un bref regain de fréquentation lors des premières fêtes nautiques de 1992, l’animation est vite retombée. Puis, en 1997, suite à un dysfonctionnement électrique, un incendie ravage son bar. Après des mois de travaux et beaucoup de courage, elle ouvre de nouveau son établissement, en style art déco, et lui donne un nom « Le 1900 ». Malheureusement, le cap des années 2000 sonne le glas de la vie nocturne de la rive droite. Beaucoup d’enseignes ferment mais cela ne l’empêchera pas de continuer de faire vivre son bistro avec son bar en bois rouge, ses affiches et décorations vintage, son gramophone fin XIXème, sa vaisselle délicate, sans oublier la pièce maîtresse de l’établissement, un superbe Juke-box américain de marque « AMI ». C’est fin 2017, à l’âge de 71 ans, qu’elle décide de clore cette belle aventure. Peut-être certains d’entre vous, anciens de la Jeanne, ont-ils connu cette Mireille, l’ancienne reine Jeanne d’Arc ?
Après renseignements, il s’avèrerait qu’il y avait des habitudes d’élection de Reine Jeanne d’Arc, notamment sur le croiseur. Si certains pouvaient m’en dire plus sur ces élections, je suis preneur.
Merci à Joël qui me donna ces informations. Il me faut dire qu’il connaissait bien Mireille puisque, de 1986 à 1988, lors de son affectation sur la Jeanne, il fut le locataire d’un logement qu’elle lui louait au-dessus de son bar « Les Caboteurs ».
