par Jean-Jacques Dujardin
Peut-être ne le savez-vous pas mais, bien avant notre porte- hélicoptères, il y a eu pas moins de 14 bâtiments de la Marine Nationale qui ont porté ce nom de «Jeanne d’Arc». Ce fut en premier une frégate de 52 canons (1821/1833), puis une autre frégate de 42 canons (1852/1898), suivie par un yacht à vapeur en 1862 construit par le service personnel de sa majesté Napoléon III. La suite de la carrière du bateau reste inconnue. Il y aura ensuite une corvette cuirassée de type Alma 1868/1883, suivie par un croiseur cuirassé (1903/1933).
La première guerre mondiale verra apparaître plusieurs bâtiments, pour la plupart des bateaux de pêche réquisitionnés par la Marine Nationale. Ce fut une mahonne à moteur Jeanne d’Arc (1917/1919), un patrouilleur auxiliaire Jeanne d’Arc II (1915/1919), un arraisonneur Jeanne d’Arc III (1914/1919), un remorqueur Jeanne d’Arc IV (1916/1920), un dragueur auxiliaire Jeanne d’Arc V (1916/1919), un patrouilleur auxiliaire Jeanne d’Arc VI (1917/1917), une péniche canonnière de l’armée de terre (1917/1919). Ce fut ensuite «le» croiseur école (1931/1964), que certains adhérents ont connu, et enfin notre porte-hélicoptères (1964/2010).

Lors d’une visite au musée des Terre-neuvas à Fécamp, j’ai eu la surprise de trouver un navire baptisé : Sainte Jeanne d’Arc. C’était une goélette mixte à vapeur construite aux ateliers et chantiers de Bretagne, lancée le 2 mars 1914 sous le nom de «Sainte Jehanne d’Arc» et mise en service en mai de la même année par la «société des œuvres de mer». Cette goélette fut construite pour venir en aide aux marins lors des longues et grandes pêches dans la zone de Terre-Neuve. Ce bâtiment possédait à l’arrière une dunette pour le logement des officiers, du docteur, de l’aumônier et du chef mécanicien. Dans le roof se trouvaient le salon du capitaine, 2 chambres officiers, une chambre de consultation, un local pour la Poste et les cuisines. A l’avant, sous le gaillard, il y avait la salle de désinfection et les magasins divers. Toujours à l’avant, se trouvaient le «grand hôpital» avec 20 lits, la pharmacie, la lingerie et la chambre de l’infirmier. Plus en avant, c’étaient l’hôpital des convalescents avec 12 lits et l’hôpital d’isolement pour les maladies infectieuses avec 2 lits.
En 1914, ce navire aura le temps de partir pour une première campagne. Il lui faudra 8 jours pour rejoindre les bancs de Terre-Neuve. Il commence sans attendre l’assistance des bâtiments de pêche. En 10 jours il assiste 112 marins, assure 80 consultations, distribue 2755 lettres et hospitalise 7 marins qu’il déposera à l’hôpital de la colonie de Saint-Pierre-et-Miquelon. Malheureusement la guerre éclate et sa mission est écourtée car le navire est réquisitionné le 27 août 1914 comme patrouilleur pour la Marine Nationale et, après quelques modifications, est rebaptisé Jeanne d’Arc II.

En mai 1918, ce bâtiment est remis en état par l’arsenal de Brest et rebaptisé «Sainte Jeanne d’Arc» le 17 mars 1921. Il reprend alors ses services de navire-hôpital sur les bancs de Terre-Neuve pour le compte de la société des œuvres de mer. En 1934, pour des raisons financières, la société qui l’exploite ne fut pas en mesure de réarmer le Sainte Jeanne d’Arc et le navire est vendu le 29 octobre 1935 à l’Angleterre pour démolition.
La Marine Nationale a pris la relève dans cette mission de soutien aux marins de Terre-Neuve. Beaucoup d’avisos ont assuré ce service mais c’est certainement l’AE Commandant Bourdais qui fit le plus de campagnes de pêche entre 1962 et 1973.
Jeanne d’Arc a la particularité de bénéficier d’une double reconnaissance : héroïne nationale pour le civil et sainte pour la religion. Ce qui fait que les navires de la marine nationale sont baptisés Jeanne d’Arc et que la corvette de la société des œuvres de mer est baptisée Sainte Jeanne d’Arc. La Marine Nationale fait référence à l’héroïne nationale alors que les œuvres de mer font référence à la sainte.
Le très passionnant et récent musée des terre-neuvas de Fécamp est à conseiller car on y découvre la terrible vie de ces marins, transformés en forçats, affrontés aux mers difficiles, aux grands froids et aux 12 heures de travail sur le pont.