Par Jean-Jacques Dujardin
Le croiseur école d’application servit de 1932 à 1964 et le porte-hélicoptères école d’application du 16 juillet 1964 au 7 juin 2010.
Au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, les finances de la France étaient au plus mal et des mesures d’exception furent nécessaires pour économiser le peu de devises restant en caisse.

En 1947, le contrôle des changes était draconien et les futurs officiers de marine qui faisaient le tour du monde sur la Jeanne étaient soumis aux mêmes règlements. Aussi étaient-ils «invités» à déposer leur argent chez le commissaire du bord. Une monnaie de substitution leur permettait d’acheter à la coopérative ce dont ils avaient besoin et, surtout aux escales, un viatique en monnaie locale était attribué aux permissionnaires selon les possibilités de change, la caisse du bord recevant au départ de Brest une allocation en devises étrangères.
Une explication anecdotique circulait alors : les aspirants, n’ayant guère de loisirs en mer, faisaient des parties de poker interminables bien que, comme chacun le sait, cela fût interdit… Et, pour éviter que certains ne repartent plus riches qu’à leur arrivée, ces billets Jeanne d’Arc furent créés.
Les émissions à bord cessèrent après la campagne 1979 / 1980. Les officiers regrettèrent la disparition d’une tradition …
Les billets étaient signés du commissaire à bord et étaient réintégrés avant le retour au port d’attache. Ces coupures étaient théoriquement détruites après chaque campagne. Ce ne fut effectif qu’après 1974.
Tous ces billets furent signés par le même commissaire. Un cachet, de forme et de couleur d’encre différents, réactualisait les coupures à chaque campagne.
De 1968 à 1972 le système du cachet sec est abandonné et remplacé par un changement de teinte pour chaque valeur à chaque campagne. A partir de cette date les commissaires à bord, qui changent tous les deux ans, signent les billets.
De 1974 à 1980 les billets sont imprimés dans une imprimerie de Brest et sont bifaces. Le billet de 5 francs disparaît, comme dans la monnaie métropolitaine. Il restait les coupures de 10, 50 et 100 francs avec les mêmes sécurités que sur les billets uni faces.
Pour la petite histoire, les billets prévus pour la campagne 1980/1981 furent imprimés et non émis.

L’autorisation en 1947 portait sur environ 1 500 000 francs de l’époque et en 1980, le montant s’élevait à un peu plus de 530 000 francs.
Nous avons tenté de cerner les problèmes concernant ces émissions mais des plages d’ombre subsistent. Ainsi, nous ne connaissons pas le nom des commissaires qui étaient à bord en 1947, 1959 et 1964.
Les billets anciens francs de 1947 à 1959 étaient des billets de 5, 10, 25, 50, 100 et 500 francs ; les billets en nouveaux francs de 1960 à 1964 étaient des billets de 5, 10 et 100 nouveaux francs. Tous ces billets furent signés par le même commissaire. Comme précédemment, un cachet de formes et de couleurs différentes validait la coupure pendant la campagne en cours.
A partir de 1964, la monnaie interne était imprimée à bord du porte-hélicoptères école. De 1964 à 1968 apparaît un nouveau type de billet représentant le navire côté bâbord ; ils sont uni faces. Un cachet sec est apposé pour chaque campagne.

Docteur Maurice Kolsky