Une page d’histoire : Les dessous de l’uniforme

Info et Histoire


Par Jean-Jacques Dujardin

D’après un dossier de l’ASP Margot Perrier paru dans Cols Bleus de novembre 2013, la revue « Être marin » et de multiples informations (parfois contradictoires) recueillies à droite et à gauche, je vous livre une première partie de l’histoire de l’uniforme de marin qui s’est forgé à travers l’histoire au gré des batailles navales, des victoires et parfois des défaites.

On se souvient tous de la première fois où l’on a attendu son paquetage et son trousseau. On garde en mémoire l’instant où l’on a pour la première fois enfilé sa tenue ou posé une casquette ou un bâchi sur sa tête pour en vérifier la taille.

Quels que soient le grade, le type de contrat ou encore la spécialité, c’est un de ces moments clé de la vie d’un marin. En matière d’uniforme, les marins sont intarissables et nous verrons aussi que la majorité des légendes ne tiennent pas.

Quand est arrivé l’uniforme des équipages ?

Les matelots et quartiers maîtres de la flotte étaient avant tout des professionnels de la mer. La marine du Roi levait des hommes selon les besoins. Les premiers temps, les marins embarquaient à bord des bâtiments avec leurs propres vêtements mais adaptés à l’exercice de la navigation. C’est en 1858 que l’uniforme des matelots est réglementé pour la première fois. A partir de cette date et petit à petit, l’uniforme des marins prendra la silhouette qu’on lui connaît.

Pourquoi l’uniforme est-il bleu ?

A l’époque, les teintures étaient naturelles. Au XVIII siècle, les tenues des matelots étaient teintées avec du bleu indigo difficile à doser. Ce colorant avait l’avantage de résister à l’eau de mer et au soleil. Il était réputé pour éloigner les vermines et était bon marché. Ces quatre avantages suffisent à comprendre ce choix du bleu. Les tenues des officiers étaient d’une teinte bleu roi et composées d’étoffes plus sophistiquées ou subtiles. Depuis 1976, le tissu et la teinture ont été harmonisés avec l’adoption du croisé de lame de polyester.

Une palette de couleurs

Les broderies ainsi que les parements et les collets permettent de différencier les officiers dès le XVIIIè siècle. En effet, les officiers de marine, les officiers mariniers et ceux des corps spécialisés portaient des uniformes différents. Déjà à l’époque on reconnaissait un médecin d’un pharmacien grâce aux parements rouges pour le premier et verts pour le second. Ces subtilités sont restées et, aujourd’hui encore, les différents corps d’officiers arborent des parements colorés sur les pattes d’épaules et les manchons.

Les capitaines de frégate tout d’or et d’argent

L’uniforme des officiers de marine a été réellement fixé en 1764. Depuis, les tenues (redingote, bicorne), ont évolué mais les grades sont restés similaires. Ainsi les capitaines de frégate quant à eux, portaient des épaulettes au corps argenté avec la jupe dorée. D’où aujourd’hui des galons dits « panachés ».

Quelle est la différence entre l’uniforme et la tenue ?

L’uniforme concerne le vêtement de sortie ou de cérémonie tandis que la tenue est un ensemble d’effets distingués par un numéro et que l’on porte en fonction du lieu, de l’action et du temps. L’uniforme permet de s’identifier aux autres et de savoir en un seul coup d’œil qui est en face de soi (spécialité, grade). La tenue est également un ensemble d’attitudes et de comportements.

Le tricot rayé, vêtement emblématique de la marine

Le décret du 27 mars 1858 qui régit les uniformes des matelots se penche sur le fameux tricot des quartiers maîtres et matelots. Déjà à l’époque il était blanc à rayures bleu indigo. Les 20 rayures sur le torse et dans le dos sont larges de 1 cm. Rappelons qu’il n’a pas changé depuis plus de 150 ans

Pompon ou houppette ?

Sujet sensible pour les amateurs de mots. Le fameux pompon est en fait une houppette de bonnet. La réglementation précise que le diamètre de la houppette est de 8 cm et qu’elle pèse 14,1 g.

Cette houppette est imaginée en 1840 pour un besoin technique : finir le fond du bonnet (bâchi ou bachi) tricoté par le marin lui-même. Ce dernier terminait le fond par «diminutions» avec un fil de laine bleu et rouge qu’il faisait ressortir. Ce pompon bicolore devient rouge

en 1870 sans raison particulière. Tout le reste n’est que légende. La tradition du pompon porte-bonheur pour les jeunes femmes qui le touchent est issue de l’esprit inventif des marins qui ont trouvé là un bon moyen de séduire.

L’origine du ruban sur le bâchi

Ce sont les marins de la frégate Belle Poule qui ont été les premiers à pouvoir inscrire le nom de leur unité sur un bonnet. Ils étaient tellement fiers d’avoir pu ramener à bord de leur bâtiment les restes funéraires de l’empereur Napoléon que le commandant, le Prince de Joinville, les a autorisés à personnaliser leur bâchi. Le nom bâchi viendrait probablement de «bâche» mot d’argot signifiant casquette. Depuis 1988, casquettes, bâchis et tricornes sont blancs. Fini les coiffes blanches uniquement pour les pays «chauds».

La cravate

Depuis le début de l’uniforme elle est noire, ce qui n’a rien à voir avec la défaite de la bataille de Trafalgar puisqu’elle existait avant cette défaite. La couleur noire ne semble avoir aucune origine particulière. Officiers et officiers mariniers portent aussi la cravate noire dans toutes les tenues, de la forme «régate» ou «papillon» en tenue de soirée. La cravate du matelot est plus longue et d’une forme particulière pour pouvoir se mettre sous le col de la vareuse et se nouer très bas sous l’ouverture en V.

La vareuse

La vareuse bleue des quartiers maîtres et matelots est, à l’origine, une chemise de laine épaisse. Ce vêtement à col en V sans autre ouverture est surtout fonctionnel. Cette chemise épaisse est d’abord enfilée dans le pantalon. A partir de 1874, suite à la suppression du paletot, elle se porte par dessus. Elle fait partie de la tenue de travail des seconds maîtres jusqu’en 1903. Elle devient en 1911 une vareuse ajustée. Sa coupe est très simple. Sans doublure ni renfort elle s’étend parfaitement à plat, ce qui rend faciles le repassage et le pliage. Au XIX ème siècle elle donne au matelot l’allure générale d’un marin pêcheur. D’ailleurs en 1879, la vareuse reçoit sur la manche droite les deux ancres croisées qui indiquent que celui qui la porte est un marin d’État en activité.

Le pantalon à pont

Le pantalon à pont a été mis au point en France au XVIII ème siècle pour les différents métiers de la mer qui nécessitaient un pantalon dont l’avant ne présentait aucune aspérité tels que des boutons pour éviter de se prendre dans les cordages ou les filets. Il se porte en général avec une vareuse.