Campagnes 1973 / 1977

Campagnes

Dixième campagne 1973 / 1974 :

par Jean-Jacques DUJARDIN

Durant la période d’entraînement avant campagne, le 10 octobre 1973, la Jeanne vit un évènement unique, l’appontage d’un avion sur son pont d’envol, un Sea Harrier de la Royal Navy.

Le 31 août, le CV Castelbejac passe les commandes de la Jeanne au CV Christian Brac de la Perrière qui est le premier officier à avoir commandé en tant que CF la conserve, le Victor Schoelcher en 1968/1969.

Le 29 octobre, la Jeanne quitte Brest pour effectuer ce qui sera la troisième campagne par le plus grand nombre d’escales, 25 escales pour 202 jours d’absence et un tour du monde sans passage par le canal de Suez; Dakar, Tobago, Fort-de-France, Marie-Galante, Les Saintes, Basse-Terre, Port-au-Prince, Cap Haïtien, Rodman, Mururoa, Nuku, Hiva, Papeete, Raïatea, Wallis, Nouméa, Lifou, Port Vila,

Guam, Tokyo, Hong-Kong, Colombo, La Réunion, Le Cap, Sainte-Hélène, Abidjan, Casablanca et retour à Brest le 18 mai 1974.

Pour cette campagne, le PH embarque 4 hélicoptères HSS et 2 Alouette III. En remplacement du Victor Schoelcher, c’est l’escorteur d’escadre Forbin qui devient la nouvelle conserve, ce qui le sauve du désarmement.

A signaler : Le 4 décembre, la Jeanne fait escale à Port-au- Prince et le président, Jean-Claude Duvalier dit Baby Doc, arrive toutes sirènes hurlantes avec ses gardes du corps (les tontons macoutes) pour la réception officielle mais, l’officier fusilier et le commandant en second interdisent l’accès sur la Jeanne aux gardes du corps. Baby Doc sera obligé d’expliquer à ses hommes qu’il ne risque rien puisqu’il se trouve sous la protection de la France.

  • A Tokyo, c’est miss Tokyo qui accueille les marins, là, pas d’interdiction de monter à bord..!
    • Pour l’escale du Cap, pays d’Afrique du Sud où l’apartheid est en vigueur, le commandant en second veut préparer l’équipage à cette escale spécifique et adresse un courrier à chacun de ses membres pour les aviser : « 

« Quelles que soient vos envies ou vos convictions, il vous est demandé, comme dans les autres pays, de respecter les lois et coutumes locales… ». Durant cette escale il n’y aura aucun visiteur noir à bord.

  • A Hong-Kong la Jeanne rencontre le paquebot France qui, sans le savoir officiellement, effectue son dernier voyage. Il sera désarmé en septembre 1974.
  • L’escale de la Réunion est endeuillée par l’annonce du décès du Président Pompidou et le deuil sera porté à bord jusqu’à la fin de la campagne, notamment au cours des soirées qui ne sont plus dansantes.

Onzième campagne 1974 / 1975 :

Le 21 octobre 1974, la Jeanne, accompagnée par l’escorteur d’escadre Forbin, quitte Brest pour une campagne de 184 jours, la moins longue depuis le début de la carrière du PH en 1964. Les escales sont : Dakar, Tobago, Port of Spain, La Nouvelle-Orléans, Vera Cruz, Balboa, San Francisco, Rodman, Carthagène, Pointe- à-Pitre, Les Saintes, Fort-de- France, Sainte-Lucie, Rio de Janeiro, Buenos Aires, (Montevideo pour la conserve), Salvador de Bahia, Santa Cruz de Tenerife, Alger et retour à Brest le 22 avril 1975.

L’embarquement des hélicoptères reste conforme aux années précédentes : 4 HSS et 2 Alouette III.

A signaler : Durant la période d’entretien, l’été 1974 voit débuter la mise en place des missiles Mer- Mer 38 Exocet entre les deux tourelles avant. A l’origine c’étaient des Masurca qui étaient prévus. Seuls les caissons sont installés, les calculateurs électroniques viendront plus tard.

-Durant l’escale à Vera Cruz, plus de 700 membres d’équipage se rendent à Mexico et le commandant y réalise même une visite officielle de 3 jours.

Après le retour de la campagne, la période d’entretien voit diverses améliorations apportées au navire pour le confort de l’équipage. Notamment l’agrandissement des caissons dans les chambrées, et le réaménagement du carré des officiers mariniers devenu trop exigu pour les effectifs embarqués.

D’autres travaux sont envisagés mais, pour des raisons budgétaires, ces travaux vont être échelonnés sur plusieurs années.

Douzième campagne 1975 / 1976 :

Durant la période d’entretien de l’été, les 6 rampes missiles Mer-Mer 38 Exocet sont armées et deviennent opérationnelles. En machine, une modification majeure est effectuée puisque le gazole léger remplace le mazout.

Le 4 juillet 1975, le CV Brac de la Perrière passe le commandement de la Jeanne d’Arc au CV Stéphane Beaussant. Le 30 octobre, afin de tester les rampes missiles, un tir est effectué et fait but sur la coque de l’escorteur Le Corse, situé à 18 km du PH.

Le 13 novembre 1975, la Jeanne, accompagnée du Forbin, quitte Brest pour une campagne prévue de 182 jours et 17 escales. Tunis, Le Pirée, Djibouti, La Réunion, Port-Louis, Jakarta, Bali, Singapour, Bombay, Bander, Abbas, Djibouti, Mahé, Le Cap, Abidjan, Dakar et Brest, retour prévu le 11 mai. L’embarquement des hélicoptères reste le même : 4 HSS et 2 Alouette III.

A signaler : Le 13 novembre, c’est Yvon Bourges, ministre de la défense, qui préside la cérémonie de départ. Le journaliste Yves Mourousi se trouve à bord pour un direct pour le compte de la télévision, Jean Gabin est également à bord pour accompagner son fils, nouvel embarqué pour son service national.

  • Le passage du Canal de Suez est marqué par l’échouement sans conséquence du Forbin.
  • Cette campagne se déroule essentiellement en Asie et, en avril 1976, peu après le départ de Dakar, le bâtiment reçoit l’ordre de se dérouter sur Toulon pour renforcer l’escadre de la Méditerranée en raison de la situation préoccupante au Liban. Pour l’occasion la Jeanne reçoit 2 HSS supplémentaires. Le Forbin rentre seul à Brest. La déception des marins de la Jeanne est grande. Durant cette période « toulonnaise », les alertes à 24 h succèdent aux périodes de relâche, en fonction des négociations de paix à Beyrouth. Le retour à Brest se fera le 11 juin 1976 soit 31 jours plus tard que prévu.

Treizième campagne 1976 / 1977 :

Malgré un retour tardif de la dernière campagne, la Jeanne est prête en temps pour le départ de sa treizième campagne, toujours accompagnée par le Forbin. C’est le 2 novembre que la Jeanne quitte Brest pour une absence de 189 jours et 21 escales. Ponta Delgada, Mayport, Nouvelle-Orléans, Rodman, île Taboga, Callao de Lima, Papeete, Bora Bora, (Raïatea pour le Forbin), Nouméa, Sydney, Darwin, Manille, Hong-Kong, Tokyo,

Honolulu, Manzanillo, Clipperton, Acapulco, Rodman, Basse-Terre, (Les Saintes et Pointe-à-Pitre pour le Forbin), Fort-de-France, Hamilton (Bermudes) et retour à Brest le 9 mai 1977. L’armement en hélicoptères ne change pas : 4 HSS et 2 Alouette III

A signaler : Au mois de mars 1977, au cours d’une série d’exercices avec la flotte américaine, un HSS doit se poser en urgence sur une île de l’archipel des Hawaï. La Jeanne ne pouvant ni partir sans lui, ni attendre la fin des réparations, le HSS est treuillé à bord par un Sea Stallion, un hélicoptère très lourd de l’US Navy.

  • L’escale à Hamilton aux Bermudes sera la seule dans l’histoire du PH Jeanne d’Arc.
  • Au sein de l’équipage, un quartier-maître musicien termine sa 11ème campagne consécutive à bord !