Trente-quatrième campagne 1997 / 1998 :
« Jeanne d’Arc sans la Jeanne » «
Le 31 juillet 1997, le CV Bruno Sifantus passe le commandement de la Jeanne au CV Pierrick Blairon.
La précédente campagne signait la fin du deuxième tiers de la vie du porte- hélicoptères. Malgré des longues campagnes et des escales plus exotiques les unes que les autres, on ne peut pas dire que notre navire ait connu des problèmes techniques majeurs mais, l’âge aidant, le PH pouvait arriver par montrer des signes de fatigue.
A partir de maintenant, chaque problème fera surgir le spectre de la dernière campagne et de l’hypothétique remplacement du mythique navire. En juillet 1997, Le Télégramme de Brest écrivait: «La Jeanne a les «boyaux» trop fragiles, elle n’appareillera pas pour la campagne d’application mais la campagne aura bien lieu.» Alors, que se passe t-il ?
Il faut changer les collecteurs de vapeur car ils ont perdu leur fiabilité. Le délai de fabrication des collecteurs étant trop long, la Jeanne va rester à quai. C’est donc trois bâtiments qui vont prendre la relève et assurer la tâche d’école d’application des officiers élèves qui sera appelé : la campagne du Groupe Tactique École ( GTE). Il y aura les frégates Duguay-Trouin et Germinal et le pétrolier ravitailleur Marne.
Les 150 élèves sont répartis en deux groupes. La première partie quitte Brest à bord de ces bateaux tandis que l’autre partie suit des cours à bord de la Jeanne à quai. La relève a lieu trois mois plus tard. Même si la partie à la mer est plus courte que prévue, le programme ne lèse pas les élèves qui vont bénéficier de trois navires et d’un programme beaucoup plus dense que les années précédentes.
Le départ de la campagne a lieu le 10 novembre 1997 pour une durée de 141 jours et 12 escales : Tunis, Djibouti, Bombay, Abu Dhabi, Port Victoria, Port Louis, La Réunion, Antsiranana, Durban, Monbassa, Djibouti, Alexandrie et retour à Brest le 14 mars 1998.

A signaler :
- Le passage de «flambeau» entre les demi-promotions s’effectue à la Réunion du 2 au 4 janvier.
- Pendant ce temps, à Brest, les travaux sur les collecteurs se poursuivent, sans oublier les nombreux piquages de rouille qui imposent ensuite leurs couches de peinture afin de permettre à la Jeanne, que certains appellent déjà «la vieille dame», de repartir à l’automne suivant.
Trente-cinquième campagne 1998/ 1999 :
Après une année passée à quai, la première depuis sa mise en service en 1964, c’est une belle renaissance pour le porte-hélicoptères. Pour fêter ce nouveau départ, le programme est alléchant avec un tour du monde, (le précédent remonte à 15 ans, campagne 1984/1985).
Mais avant cela, la Jeanne d’Arc effectue son stage de remise en condition opérationnelle du 21 septembre au 2 octobre 1998 puis appareille le 3 novembre 1998 pour effectuer son 7ème tour du monde d’une durée de 158 jours et 14 escales : Puerto Bario, Puerto Cortes, Port Everglades, La Havane, Balboa, Acapulco, San Diego, San Francisco, Pearl Harbour, Tokyo, Singapour, Djibouti, Istanbul, Lisbonne et retour à Brest le 9 avril 1999. Pour cette campagne, la Jeanne sera accompagnée par la frégate Duguay-Trouin. Elle embarquera 2 hélicoptères Alouette III, l’aviation légère de l’armée de terre avec 2 hélicoptères Puma et 3 Gazelle du 1er RHC

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A signaler :
- Le changement de politique de formation est remarquable au niveau du découpage de la campagne puisque le rythme insufflé est de 10 jours de mer pour 5 jours d’escale. Adieu les campagnes aux programmes chargés en escales…

- Quelques jours après le départ de Brest, la Jeanne et sa conserve reçoivent l’ordre de se dérouter afin de participer à l’opération Cormoran en Amérique centrale qui vient d’être dévastée par le gigantesque cyclone Mitch. En cours de route le groupe croise la queue du cyclone qui a brusquement repris de la vigueur. Un second maître timonier dit que ce fut la plus violente tempête jamais rencontrée par la Jeanne d’Arc. La période réellement dangereuse a duré 5 à 6 heures. Les machines étaient réglées au plus fort pour faire du 9 nœuds et il arrivait que le navire culait. Il y avait entre 12 et 15 mètres de creux en moyenne et parfois plus dans les pointes. Le vent dépassant les 80 nœuds, les vagues passaient par dessus la passerelle qui est à 15 mètres au-dessus de l’eau. L’abri en dessous de la passerelle a vu trois de ses vitres exploser, ce qui a justifié d’appeler tout l’équipage au poste de sécurité. L’eau sur les tableaux électriques a failli déclencher un incendie. Plus rien ne tenait à bord ; le bateau chassait dans tous les sens mais tout le personnel a fait face, gradés ou pas, tous écopaient. La Jeanne a souffert. Des longerons servant à renforcer la coque au milieu du bateau ont été tordus et dans les postes des officiers élèves certains panneaux ont beaucoup travaillé ; il y a eu une voie d’eau sur l’arrière par l’ascenseur hélicoptères. Pour la conserve, le bilan fut lourd : passerelle endommagée, tourelle détériorée et sonar rendu indisponible pour le reste de la mission.

- Le 14 novembre, la Jeanne et le Duguay-Trouin mouillent devant Puerto Barrios au Guatemala puis le 19 ils sont devant Puerto Cortès au Honduras. Dans les deux cas, les élèves médecins et toutes les équipes médicales, aidés par les hélicoptères Gazelle, Puma et Alouette, sont déployés pour visiter un maximum de villages isolés pouvant être sujets à diverses épidémies. Les OE participent au déploiement de l’aide humanitaire. Le 22 novembre le groupe école termine l’opération Cormoran. En sept jours, plus de 1500 personnes au Guatemala et plus de 1900 au Honduras ont bénéficié de l’aide médicale et humanitaire fournie par la marine.
- Lors du cocktail de la Havane, le « Lider Maximo » (Fidel Castro) vient visiter la Jeanne sur laquelle il restera 4h00. Il en profitera pour féliciter le commandant Blairon pour l’intervention du GEAOM en Amérique Centrale.
- Les contraintes du temps et les polémiques d’alors relatives au bizutage font que cette campagne sera la seule à ne pas avoir franchi la fameuse ligne de l’équateur.

- Après son retour à Brest, durant l’été 1999, la Jeanne d’Arc participe au rassemblement de navires pour l’Armada du siècle à Rouen puis au Havre.
- La Jeanne recevra presque 30 000 visiteurs en huit jours.
