Interview de Paul RAUX

Interview

par Nicole Capoulade

Paul Raux, un fidèle de la marine, président de l’amicale des pilotes de la flotte et membre de 11 associations caritatives.

Paul Raux commence son métier de marin dans la Marine Nationale en tant que matelot sur le porte-avions Arromanches qui part en Indochine. « Pilote de la Flotte », il finira sa carrière comme Enseigne de Vaisseau 1 et deviendra titulaire de la Légion d’Honneur avec pour rêve de créer un musée de la mer.

Affable, souriant et modeste, Paul a également reçu d’autres récompenses dont l’Ordre National du Mérite. Officier du Mérite Maritime, Ancien Combattant et Porte-drapeau de la Légion d’Honneur depuis treize ans, il cherche à rassembler les anciens marins de la Jeanne d’Arc et à transmettre sa passion de la mer aux jeunes. « Quand vous passez le Goulet de Brest, disait-il, aux élèves officiers de l’École Navale, vous êtes déjà sur la route du retour » ! Son élève le plus célèbre (1959/1961) s’appelait Éric Tabarly ! N’étant pas « un homme de tableau», Paul aime trop la mer pour rester à terre à enseigner, et rappelle que « pour être marin, il faut d’abord aimer la mer car un marin vit sur l’eau! Mais dans la Marine, il n’y a pas de place pour les touristes, il faut donc choisir une spécialité et être en plus militaire si on veut intégrer la Marine Nationale »!

Paul rentre dans la Marine comme timonier. Spécialiste des signaux à bras, du Scott ou Morse lumineux, des pavillons, il règle les communications à la passerelle des bateaux. Il a toujours rêvé de la Jeanne d’Arc mais, le jour où il entre à l’École de Pilotage de la Flotte de Saint-Servan, le Saint-Malo d’aujourd’hui, il est persuadé que son rêve ne se réalisera pas ! Après l’école de pilotage de la Flotte, il se retrouve maître et second du Mutin avec une connaissance parfaite de la côte, des cailloux, des phares, clochers d’églises et bien sûr de tout ce qui se situe sous l’eau, bref capable de se positionner sans carte, de tenir l’alignement et de rentrer dans tous les ports de France, de Dunkerque à Saint-Jean-de-Luz.

Il partira aussi pendant un an et demi à Terre-Neuve sur l’aviso escorteur Commandant Bourdais qui faisait l’assistance aux pêches et y rencontrera La Résolue qui deviendra par la suite le porte- hélicoptères Jeanne d’Arc, qui faisait sa traversée de longue durée. Il avait fait les essais de l’Aventure, un autre bateau de l’assistance aux pêches, mais aussi les essais du croiseur Jeanne d’Arc. Il reviendra comme instructeur à l’École des Pilotes de la Flotte jusqu’à sa fermeture en 1965.

Cette malchance se transformera en chance car Paul pose, le 1er septembre 1965, son sac à bord du porte-hélicoptères Jeanne d’Arc commandé par le CV Claverie, et fera le tour du monde par l’hémisphère nord ! Faire le tour du monde est très important pour un marin car, à un moment donné, le bateau arrive un jour trop tôt ! A la moitié du parcours, il faut sauter une journée complète car douze heures sont en trop à force de changer de fuseaux horaires ! Le rêve de Paul devient réalité ! Il est adjoint de l’officier de navigation, avec le Commandant de la Jeanne d’Arc pour chef, et les 160 élèves comme matelots. En charge de la navigation qui se fait toujours au sextant, il apprend aux élèves officiers la navigation astronomique. Tous les matins et tous les soirs, Paul fait le point d’aube avec les étoiles et la crépusculaire, toujours avec les étoiles. La journée, il enseigne à ses 14 groupes d’élèves comment préparer une traversée Brest/New York, puis Brest/Cherbourg, comment calculer les marées pour la sortie du Goulet de Brest, comment se servir d’un théodolite.

Le petit Larousse vous confirmera qu’il s’agit d’un instrument portatif d’astronomie et de topographie qui sert à mesurer des angles horizontaux et verticaux, en particulier les azimuts et les hauteurs. Lors de la campagne 1966/1967, alors que la Jeanne navigue dans les chenaux de Patagonie, le commandant, dont Paul est le conseiller, lui donne l’ordre de surveiller attentivement le pilote chilien qui ne lui inspire pas confiance. Après ses deux ans à bord, jour pour jour, Paul reçoit une lettre de l’École Nationale de la Marine Marchande qui avait un chalutier école en construction, la Nacre, sister-ship de l’Ambreet du Corail. A l’issue du concours de la Marine Marchande, Paul prend le commandement du chalutier-école pendant quatre ans et terminera sa carrière en tant qu’officier de port, adjoint au commandant du port de Saint-Malo.

Le premier octobre 1997, il prend officiellement sa retraite mais s’investit toujours plus auprès des associations maritimes. Il a vécu sa plus grande émotion le jour du retour de la Jeanne à Brest quand le commandant Augier a ordonné : «Terminez barre et machine » et le 1er septembre 2010 quand le commandant a ajouté : « Marins de la Jeanne d’Arc, ôtez vos bandeaux légendés ».