Interview du Père Guy VANDEVELDE

Interview

par Jean-Jacques Dujardin – Interview réalisée en compagnie de ma femme et «secrétaire» Nadine.

Le 6 juillet 2020, direction la base militaire, appelée Quartier Général des Loges, à Saint-Germain-en-Laye, afin d’y rencontrer Guy Vandevelde, aumônier des armées qui effectua les campagnes 2005/2006 et 2006/2007 sur la Jeanne. Si tout le monde sait ce qu’est un aumônier, qui sait quelles sont ses missions à bord d’un navire ? C’est pour mieux vous faire connaître cette fonction que j’ai souhaité rencontrer Guy Vandevelde.

Guy naît au Maroc en 1957. Très jeune il sait quels métiers il voudrait exercer : prêtre, marin ou professeur. Il fait de bonnes études (licence de langue et de littérature arabe, baccalauréat de philosophie, Doctorat de théologie) et, comme il faut choisir, c’est le métier de prêtre qui s’impose à lui. Il est ordonné prêtre en août 1981, il a alors 24 ans. C’est à la suite d’un hommage rendu à son grand-père officier de marine qu’il se met, en 1996, à la disposition du diocèse des armées françaises. Il reçoit alors une formation initiale militaire réservée aux aumôniers. Dans cette formation, des créneaux sont à disposition du culte concerné pour une formation spécifique. Ces aumôniers sont régis par un aumônier en chef (un pour chaque culte) et un aumônier en chef adjoint pour chaque arme. Pour le culte catholique, l’aumônier en chef est un évêque dépendant du Pape, comme tout évêque. Le culte aux armées est organisé comme un diocèse. Pour les aumôniers, il y a un grade unique, rattaché au carré des officiers supérieurs. Une solde est versée à l’aumônier, comme à tous les officiants travaillant en enceintes fermées (prisons, services fermés des hôpitaux).

La mission de l’aumônier est de vivre avec les militaires et d’être le représentant officiel de l’Église. Le droit au culte, c’est reconnaître que l’armée, c’est-à-dire la force, ne peut pas tout. C’est aussi reconnaître des problèmes spécifiques aux militaires : dangers physiques mais aussi questionnements moraux, difficultés affectives dues à l’éloignement familial.

Guy fut d’abord aumônier sur le PA Clemenceau puis sur le PA Foch et ensuite sur le BCR la Marne pour une mission «Alindien». Il officiera 4 ans à l’école navale puis sera affecté sur la Jeanne, ce qui lui permettra de suivre les futurs officiers pour leur troisième année de formation.

Guy m’expliqua, qu’à bord d’un navire, il avait un «grade miroir», ce qui veut dire qu’il «prenait» le grade de la personne avec laquelle il bavardait : de cette façon, aucune personne ne domine l’autre. A bord, l’aumônier est indépendant, il organise son emploi du temps comme bon lui semble, tout en respectant les règles du bord. Dans l’esprit général, les aumôniers sont «réservés aux officiers», ce qui, bien sûr, est faux ; c’est pourquoi il lui faut gagner la confiance des officiers mariniers supérieurs car ce sont eux qui assureront le lien avec l’équipage. A bord, l‘aumônier est là pour tous les marins, du plus gradé au moins gradé, et il doit se faire accepter par tous en allant tout simplement à leur rencontre. Après l’embarquement, chaque président de carré invite logiquement l’aumônier à partager un repas. Si cette rencontre se passe bien, il sera invité à venir dans ce carré autant de fois qu’il le désirera. Si ce n’est pas le cas, on oubliera de l’inviter ; il pourra toujours y revenir, mais en sollicitant…

A bord, l’organisation du culte relève de l’aumônier et le commandement doit le soutenir. C’est une harmonie à créer. Guy a envisagé son activité sous 3 aspects principaux : prier pour les hommes embarqués, assurer le soutien des catholiques du bord et assurer une présence amicale pour tous. A la question : comment se déroule une journée type d’un aumônier à bord de la Jeanne ? Guy n’a pas hésité à m’expliquer la manière dont, lui, l’organisait. Après le petit-déjeuner, pris généralement en compagnie des officiers, il regagnait sa chambrée et y restait environ 2 heures en prière et en réflexion. Ensuite, il circulait dans le bord pour faire des rencontres. Au repas du midi, il faisait le choix du carré en fonction de ses envies (OMS, OM, équipage). Après le repas, il faisait une sieste réglementaire et ensuite il travaillait sur des lectures de documents ou préparait sa prochaine homélie. Après le dîner, il avait le choix entre la télévision ou le carré de son choix et terminait sa journée souvent tardivement par un petit tour du bord pour rencontrer les marins en changement de quart.

Guy se rappelle que, sur la Jeanne, la fréquentation de l’office du dimanche était bien supérieure à celle sur les autres navires. Il comptait environ 60 personnes, ce qui représentait à peu près 10% du personnel embarqué. Il est vrai que les officiers élèves représentaient le plus grand nombre de fidèles.

On ne pouvait manquer d’évoquer le Noël en mer qui reste, avec les fêtes de Pâques, un moment privilégié. Sur la Jeanne, c’étaient des fidèles volontaires qui assuraient les chants et les lectures, accompagnés par un marin à l’orgue électronique. L’aumônier se réservait l’homélie.

Lors de ces fêtes religieuses, il y avait généralement plus de monde que le dimanche.

Naviguer sur la Jeanne offrait une ouverture incomparable sur le monde. Par son rôle de représentation à l’étranger, la Jeanne permettait une grande variété de rencontres, notamment avec les expatriés français et les populations locales chrétiennes.

Quand on évoque les bons ou les mauvais souvenirs, Guy est sans ambiguïté : mis à part quelques divergences avec un commandant, Guy ne se rappelle aucun mauvais souvenir. Lors des escales, Guy profitait des sorties et des visites organisées mais rentrait généralement tôt. Lors des fêtes il préférait se mettre en retrait. Il avait à cœur de montrer en toute circonstance un comportement réglementaire et irréprochable.

En dehors de la Jeanne, il est arrivé à Guy de célébrer des baptêmes ou encore, pendant la guerre du Kosovo, alors que la mission avait été rallongée, d’assurer la préparation au mariage d’une vingtaine de jeunes marins qui devaient se marier à leur retour.

A son époque, il n’y avait qu’un aumônier catholique en permanence à bord. Durant une campagne, un pasteur a été embarqué pour environ 1 mois mais aucun office en commun ne fut célébré.

Quand Guy a pris ses fonctions dans la marine, il était «aumônier de marine». Maintenant tout a changé, les aumôniers sont devenus des aumôniers militaires, ce qui veut dire qu’ils peuvent être affectés dans n’importe quelle arme.

Avec Guy Vandevelde, j‘ai rencontré un aumônier heureux de sa carrière car, avec ses différentes études et ses nombreuses compétences, il a pu enseigner la langue arabe dans un lycée d’Alger, être professeur de théologie dogmatique et professeur invité au monastère de la Grande Chartreuse. Il fut donc religieux, marin et enseignant, comme il l’avait espéré étant tout jeune. Un bilan très positif.

A propos de la Jeanne, il parle d’un navire fabuleux où il aimait, comme il le dit, «sentir l’estime des marins qui savaient que je les estimais».