
Compte rendu du rassemblement à Lorient du 21 au 24 octobre 2021
Par Jean-Jacques Dujardin
Après 29 mois d’interruption, notre rassemblement annuel a pu quand même se dérouler, dans des conditions un peu particulières puisque les restrictions sanitaires étaient toujours en place.
Le regroupement des participants avait été fixé à partir de 16h00 le jeudi 21 octobre 2021 devant le cercle mixte de la marine de Lorient.

Les retrouvailles furent très chaleureuses, on peut même dire à la mesure de ce que nous pouvions espérer après un si long moment d’isolement. Certains participants avaient pris quelques kilos, d’autres perdus quelques cheveux tandis que certains, allez savoir pourquoi, semblaient avoir traversé le temps sans changer. Quoi qu’il en soit, le plaisir de tous se voyait sur les visages ravis.
Après le «p’tit verre» de l’amitié pris à table au bar du cercle, et payé par notre cher président, nous prenions à pied la direction du premier restaurant qui allait recevoir notre groupe. Ce fut le restaurant l’Aristide qui fut obligé de supporter les bruyants vieux marins qui avaient tant de choses à se raconter depuis ce long temps d’absence.
Vendredi 22 octobre
Le matin fut dédié à la grasse matinée au cercle puisque l’heure de l’Assemblée Générale n’a été fixée qu’à 10h30. Les responsables du cercle nous ont imposé un nombre maximum de participants qui ne devait pas dépasser 18. Les compagnes des participants ont donc été obligées de trouver une autre occupation durant cette AG qui se termina peu avant midi car un journaliste de Ouest France nous attendait pour une photo de groupe. Photo qui paraîtra dès le lendemain dans Ouest France Lorient.
Le midi, déjeuner au cercle avec un menu très attrayant et servi aux tables.

A 14h30, un car nous attendait afin de nous emmener en 45 minutes à Etel, ancien port de pêche, visiter le musée des thoniers.

Dès la porte d’entrée franchie, on se trouve imprégné par l’esprit des marins pêcheurs. En 1930 Etel est l’un des plus puissants ports de France avec près de 250 dundees thoniers à voiles qui pêchent dans le golfe de Gascogne. Après 1945 les voiliers sont progressivement remplacés par des chalutiers Étellois naviguant des îles britanniques à l’Afrique de l’Ouest. Ce musée est la mémoire de la ville d’Etel. Différentes thématiques sont abordées : La sardine avant le thon, le thon et la voile, le thon et les chalutiers, le sauvetage et le patrimoine local. Pour la mémoire, on ne peut éviter le nom des chalutiers perdus en mer avec l’ensemble de leur équipage, dont des mousses d’à peine 14 ans.

Ce musée regorge de maquettes de navires, d’objets authentiques, ce qui rend la rencontre avec le monde de la pêche plus concret. Un monde terriblement difficile et bien peu rémunéré. Les images parlent d’elles mêmes. Une visite qui fut fort intéressante en compagnie d’un guide connaissant parfaitement son sujet.
Le retour sur Lorient se fit très tranquillement car les nombreux bouchons routiers allaient doucement rallonger le temps de parcours.
A peine rentrés d’Etel, il nous fallait rejoindre le restaurant l’Alhambra. Compte tenu de notre retard, le chauffeur du car décida de nous y conduire, ce qui fut apprécié par tous.
Après un excellent repas, tout aussi animé que la veille, nous avons rejoint nos couches dans un cercle qui fait honneur à la Marine, tant ce cercle «hôtel» est d’une grande tenue.
Samedi 23 octobre
Une grande journée nous attend. Départ en car à 9h30 vers la proche base des sous-marins, un site totalement intégré à l’histoire de Lorient.
Dès 10h00, nous partons à l’assaut de cette muraille de béton qu’est la base sous-marine de Kéroman. Cette base est un complexe de bunkers de la seconde guerre mondiale. Elle occupe l’extrémité de la presqu’île de Kéroman dans la rade de Lorient et donne sur le golfe de Gascogne. Cette base fut construite entre 1941 et 1944 à l’initiative des Allemands mais, dès 1942 des Français, des Italiens, des Belges etc. y travaillent en roulement 24h sur 24 ; d’après notre guide, les Allemands payaient bien les ouvriers. Pas moins de 15 000 ouvriers travailleront sur ce gigantesque chantier ayant pour but d’abriter les 2éme et 10éme flottilles d’U-Boots de la Kriegsmarine en s’inscrivant dans le dispositif du mur de l’Atlantique.

Il ne faudra pas moins 1 million de tonnes de béton renforcé par des tonnes de fer à béton pour venir à bout de ce chantier titanesque construit sur une surface de 23 000 mètres carrés. Le site est composé de 3 bunkers de 135 mètres de long, 170 mètres de large et 20 mètres de haut.

L’épaisseur maximum de la toiture est de 7,27 mètres. Ce monument pouvait accueillir jusqu’à 13 sous-marins dans 7 alvéoles numérotées de K13-14 à K23-24.

Durant cette visite de 2 heures, nous aurons l’occasion de monter sur le toit d’un bunker, point culminant qui nous permettra d’avoir une superbe vue sur la baie avec au loin la citadelle de Port-Louis que nous avions visitée en mai 2017 lors de notre réunion à Vannes.

Midi étant arrivé, après plus de 3 km de marche et de multiples escaliers à monter et descendre, nous nous dirigeons vers le restaurant « le K5 » situé à quelques minutes à pied du site. Un repas déjeuner nous attendait avec, je vous le rappelle : un kir, un croustillant de chèvre miel mesclun et salade, un poisson blanc du marché accompagné de riz et de petits légumes, et, en dessert, une barre de chocolat, crème exotique, sauce caramel à l’orange. Le tout terminé par un café.

Après le repas, retour sur le site pour visiter le sous-marin Flore puis le musée des sous-marins. Comme nous sommes vingt huit participants, il nous a été demandé de nous scinder en 2 groupes de 14 car l’intérieur du sous-marin est trop exigu. Le premier groupe est pris en charge par un nouveau guide qui va expliquer la suite de ce que nous avions visité le matin.

Ce sous-marin de la classe des Daphné, avait pour matricule S645. Il a été fabriqué à Cherbourg, lancé en 1960 et en service de 1964 à 1989. Il est actuellement présenté sur une cale de construction qui servait aux Allemands à mettre les sous-marins à l’abri des éventuelles attaques. Après des explications à l’extérieur, nous sommes invités à monter à bord (ou à y descendre?) par l’avant pour sortir par l’arrière. La visite d’un sous-marin de cette époque peut, pour certaines personnes souffrant de claustrophobie, devenir difficile. L’intérieur n’est qu’un long couloir étroit encombré de matériels et instruments divers, de couchettes et même de torpilles dans la partie en tête. C’est encore l’époque des bannettes dites «chaudes», ce qui explique qu’il y ait moins de bannettes que d’hommes à bord. La surface de la cuisine, comme celle de la couchette du commandant, est ridiculement restreinte. Quant aux lavabos et toilettes, il valait mieux ne pas avoir trop d’exigences en hygiène car l’eau était un bien précieux qu’il ne fallait pas gaspiller d’où des restrictions drastiques.

Ce bâtiment mesure 57,75 mètres de long pour 6,74 mètres de large. Son tirant d’eau est de 5,25 mètres, son poids de 869 tonnes en surface et 1043 tonnes en plongée. Son armement est constitué de 12 tubes lance-torpilles. Sa vitesse maximum en surface est de 13,5 Nd et de 16 Nd en plongée.

Lors de sa radiation en 1989, le Flore avait effectué 41 070 heures en plongée et 12 544 heures au schnorchel (le Schnorchel est un tube hissable qui permet de s’approvisionner en air frais lorsque le sous-marin est en immersion périscopique). Il avait parcouru 320 855 milles marins, soit l’équivalent de 15 fois le tour de la terre. L’équipage était constitué 50 à 60 hommes : 6 officiers, 24 sous officiers et 20 marins. Quant à l’immersion, elle était de 300 mètres maximum et 575 mètres en immersion de destruction.

Pour clore ce chapitre sur le Flore, il est signalé qu’entre 1961 et 1963, soit durant sa construction, il y a eu une mascotte à bord, un chienne nommée Annie.
Il nous restait maintenant à visiter le musée des sous-marins fermé pour travaux depuis le 1er octobre 2021 mais, grâce à Gilbert Tréguier qui connaît le créateur de ce lieu, Christophe Cérino, les portes s’ouvrirent ; Christophe Cérino a demandé aux ouvriers de mettre « bas les marteaux » le temps de la visite. C’est lui-même qui assura les commentaires et là, ne nous ne fûmes pas déçus tant il a su avec force et dynamisme captiver notre attention. Christophe est un ancien plongeur professionnel, maintenant ingénieur de recherche à l’université de Bretagne Sud et directeur de recherche en sciences humaines et sociales de cette même université. Le musée est situé au cœur du bunker K2.

C’est un musée interactif qui fait découvrir en «son» et en «images» l’histoire de Lorient, port stratégique pendant la seconde guerre mondiale. Une projection sur plusieurs écrans nous montra des images d’archives très intéressantes. Après de solides commentaires, nous eûmes une intéressante explication sur le sauvetage des sous-mariniers en difficulté. Nous avons visité une tour, qui est un simulateur d’entraînement pour l’évacuation des sous marinier en difficulté (Tauchtopf). Cette visite mit fin à une journée passionnante. Pour ceux que cela intéresse et qui ont accès à Internet, je signale que sur Dailymotion on trouve un film de 6 minutes sur la visite du sous-marin Flore commentée par 2 anciens sous-mariniers ; sur Youtube vous trouverez également un film de 12 minutes commenté par Christophe Cérino sur le musée du sous-marin.

Le car nous ramena vers le cercle puis, après quelque temps de repos nous reprenions ensemble et à pied le chemin vers le restaurant du premier soir dont les responsables reconnurent vite le groupe de vieux marins en bordée. Ce fut notre dernier repas pour cette année avant un départ de tous le lendemain dimanche.

En conclusion, ce que nous avons pour habitude de nommer «Pèlerinage», fut une grande réussite. Il faut dire que l’office du tourisme de Lorient a su donner à Lionel tous les éléments nécessaires pour satisfaire notre curiosité. Un grand merci à Lionel, à Gilbert, à l’office du tourisme et … à la prochaine !