Pèlerinage Rochefort 2016

Pélerinages

Rassemblement des anciens marins de la Jeanne d’Arc à Rochefort du 15 au 19 juin 2016

Par Jean-Jacques Dujardin

Après de longs mois de préparation par Lionel et Jean-Michel, le projet a été mené à son terme avec, on peut le dire, une réussite exemplaire. Comme vous allez le lire, ces quatre jours furent particulièrement bien remplis.

Tout commença donc le mercredi 15. Les participants, venus de toute la France, s’étaient donnés rendez-vous vers 17h00 au cercle mixte de Rochefort.

Le cercle mixte de Rochefort se situe à 500 m du centre ville, dans des bâtiments militaires construits pour les officiers. Ce bâtiment deviendra un bagne en 1777, bagne qui sera fermé en 1854. Aujourd’hui c’est un solide bâtiment avec, près de la porte d’entrée, l’exposition d’un avion Fouga Magister CM170,

retiré du service de l’école de pilotage et d’entraînement en 1995, après 8336 heures de vol et 13167 atterrissages.

Le cercle est d’une remarquable tenue, tant dans la propreté des lieux que dans le service de restauration.

Après avoir pris possession de nos chambres, ce furent les très agréables retrouvailles où nous pûmes échanger nos derniers potins, et il y en avait ! Le soir nous prenions ensemble notre premier dîner autour d’une grande table servie pour l’occasion. Vers 22h00, parfaitement repus, nous rejoignions nos chambres.

Jeudi 16 juin

Après un copieux petit-déjeuner, nous nous retrouvons à 8h30 devant le Cercle pour aller à pied jusqu’au syndicat d’initiative où nous attend madame Anne Lemée, la collaboratrice du projet.

Après les présentations d’usage, nous faisons connaissance avec notre guide, Michel Basse, un homme aux connaissances et à l’humour affirmés. La visite débute par l’incontournable histoire de la ville mais, avant de rentrer dans «l’histoire», notre guide tient à préciser un point. Il faut dire Rochefort et non Rochefort-sur-mer. La dénomination Rochefort-sur-mer a été utilisée par l’administration de la Poste, avant l’invention du code postal, afin de faire une distinction entre les 15 villes ou villages de France portant le nom de Rochefort.

Rochefort est située dans une boucle de la Charente, entièrement sur la rive droite. C’est une ville nouvelle du XVIIème siècle qui doit sa création, en 1666, à l’implantation d’un arsenal maritime et militaire. Il faut dire qu’en 1666 la marine française, créée par Richelieu, est en mauvais état. Louis XIV charge alors Colbert de Terron de trouver un lieu sur la côte atlantique afin d’accueillir un arsenal pour abriter la flotte du Ponant. Si le lieu correspond bien aux demandes du roi, à l’usage, il s’avère que l’arsenal présente des difficultés d’exploitation car les méandres vaseux de la Charente, les 12 nautiques qui le séparent de la rade et le jeu des marées compliquent la navigation. A tel point qu’il est nécessaire de délester les vaisseaux en retirant leur artillerie, l’eau potable et les munitions avant de les acheminer par halage jusqu’à la rade. Dans le meilleur des cas, il faut trois marées pour sortir le bateau et l’amener jusqu’à l’île d’Aix. Le halage se faisait par la population, c’était la corvée de la «cordelle», en échange de soins «médicaux» à l’hôpital militaire. Après la construction d’un hôpital civil, la population refuse la «cordelle» et ce sont les bagnards qui prirent, bien involontairement, la relève.

Aujourd’hui Rochefort a gardé son tracé au cordeau avec ses rues larges, ses enfilades de hautes demeures bourgeoises et hôtels particuliers. Cette particularité très «carrée» de Rochefort est due à Michel Bégon qui impose des constructions en pierre sur des parcelles de 7 à 10 mètres de large, 20 à 40 mètres de profondeur, le tout construit en un an sinon, perte de la parcelle. Les maisons doivent être mitoyennes avec un 1 étage et 3 fenêtres puis un second étage moins haut mais toujours avec 3 fenêtres. Durant notre périple piétonnier, nous faisons de nombreux arrêts pour écouter notre guide qui ne craint aucune de nos questions. Nous visitons la place Colbert, place choisie par Jacques Demy pour le tournage du film «Les demoiselles de Rochefort». Nous parcourons ensuite l’unique rue ayant gardé ses pavés d’époque et, chose unique, présentant une courbe en bout. Son nom, rien de plus simple : rue Gustave Courbet. 1h30 plus tard, nous sommes devant la Corderie Royale. Nous avons le même guide mais il change de casquette et travaille pour la corderie. Pour débuter la visite, nous assistons à une une projection sur l’histoire de la corderie, bâtiment de 374 mètres de long, qui fête ses 350 ans cette année 2016. Après la projection, nous partons visiter la partie musée avec des explications très utiles de notre guide qui insiste sur un point : à la corderie, il était fabriqué des cordages et non des cordes ! Après les explications sur la culture du chanvre, nous assistons à une démonstration sur la fabrication des cordages. C’est Hugues qui se porte volontaire pour ce travail dont il emportera un souvenir.

A 12h30 nous sommes de retour au Cercle pour le déjeuner et, dès 14h00, c’est au tour du musée de la Marine de nous accueillir. Notre nouveau guide, Philippe Mathieu, nous emmène dans les salles de l’ancienne résidence des commandants de la Marine pour un trop court voyage au cœur de la Royale, entre modèles d’instruction et maquettes à grande échelle. Dans la cour, se trouve la réplique à l’échelle 1 du radeau construit lors du naufrage de la Méduse.

A peine remis de cette visite au cœur de la marine, nous partons à pied vers l’ancienne école de médecine navale où nous attend la guide, Dominique Daubigue, une relation de Jean-Michel Bergougniou. Notre ami n’est jamais à court de connaissances, ce qui lui permet de compléter les informations de la guide. Jean-Michel nous parle de Louis Barot, qui fut médecin major de la marine militaire. Ce médecin travailla activement lors de séjours coloniaux de 1899 à 1904 au Sénégal, au Soudan Français et en Côte d’Ivoire.

Cette école est la première école de chirurgie du monde et, en voyant la bibliothèque aux 25 000 ouvrages (bibliothèque ouverte au public), on mesure l’importance des recherches médicales de cette époque. Par contre, avec la visite des salles remplies d’ustensiles divers de chirurgie, on imagine aisément qu’il valait mieux avoir une bonne santé et ne point se blesser.

Vendredi 17 juin.

Pas de panique ce matin, on peut faire une petite grasse matinée puisque le rendez-vous est à 10h00. Dans un premier temps, tout le monde part en car puis un premier groupe est déposé au musée Hèbre tandis que le second est conduit au pont transbordeur. Au musée Hèbre de Saint-Clément, nous retrouvons notre guide Michel. Jusqu’à la fin de l’année 2012, il était possible de visiter la maison de Pierre Loti mais aujourd’hui, pour des raisons d’importantes rénovations, la maison est fermée au public. Le musée permet de visiter cette maison virtuellement grâce à des lunettes 3D. Alors que nous sommes confortablement installés, notre guide nous a fait découvrir les étonnantes pièces de la maison de l’écrivain voyageur. Nous allons du salon rouge au salon bleu puis passons vers la salle Renaissance, la salle chinoise ou encore l’ancienne pagode japonaise. Pierre Loti, de son vrai nom Louis Marie Julien Viaud, est un personnage fantasque qui passa l’essentiel de sa vie dans la marine et qui sacrifia beaucoup de temps à l’écriture, «Pêcheurs d’Islande» étant peut-être son plus célèbre roman.

Après cette visite virtuelle, nous partons pour une visite bien réelle, celle du pont transbordeur, le dernier en France. Pour cela il nous faut rejoindre la rive gauche de la Charente appelée rive d’Echillais, rive sauvage aux nombreux marais. Le pont est un étonnant édifice métallique inauguré en 1900.

Au pied du pont se loge la maison du Transbordeur qui nous invite au voyage dans l’univers des techniques les plus folles pour franchir les fleuves et les rivières. Dans cette maison musée on embarque à bord de la plateforme pour une traversée virtuelle de la Charente.

Le midi nous nous retrouvons au Cercle pour le dîner puis, l’après-midi étant libre, chacun peut faire ce qui lui plaît.

Le soir, tout le monde se rassemble au Cercle pour un repas «spécial fruits de mer». A cette occasion, le personnel du Cercle a mis les petits plats dans les grands avec une présentation de table digne d’un grand restaurant. Les plateaux de fruits de mer se trouvent si bien garnis que nous ne pouvons en venir à bout malgré, je vous l’assure, la bonne volonté de certains.

Quant au dessert, réalisé pour l’occasion, la photo jointe parle d’elle-même.

Samedi 18 juin 2016

Ce jour, connu pour l’Appel du général de Gaulle, sera le jour de notre AG.

L’après-midi, après un repas pris dans un restaurant de Rochefort (celui du Cercle est fermé), nous partons en covoiturage jusqu’au musée de l’Aéronautique Navale, caché derrière l’école de la gendarmerie. Nous sommes accueillis par Bernard Le Couls, ancien de la chasse et des ATL, qui va nous accompagner durant cette visite dans la longue histoire de l’Aéronautique Navale.

Après des explications sur les décollages et les appontages sur les porte-avions, nous nous rendons dans l’immense hangar de 3500 m² à la toiture en voûte où sont exposés de multiples avions et hélicoptères (Bréguet 1150, Alizé, Douglas C47, Dakota Nord 262, Frégate, Dassault Etendard IV M, Jaguar M05, Aquilon SE 203 etc.). Nous passerons dans ce musée une grande partie de notre après-midi et nous en profiterons pour faire la photo de groupe.

Pour certains, la visite sera longue mais les souvenirs seront bien dans la tête. Le soir, le dîner est libre.

Dimanche 19 juin 2016

Après le toujours excellent petit-déjeuner, nous allons en covoiturage jusqu’au ponton de la Corderie Royale où nous avons rendez-vous dès 9h00 pour embarquer à bord de la «Fée des îles», un catamaran propulsé par deux solides moteurs. Nous quittons le ponton à l’heure dite pour descendre les 17 km de Charente. La navigation est accompagnée par les commentaires avisés d’un guide. La descente de la Charente nous permet de passer sous le pont transbordeur, de découvrir les berges très boueuses mais aussi les nombreuses cabanes et nous atteignons l’estuaire avec, par tribord, la ville de Fouras. La mer est belle et nous prenons la direction du fort Boyard, un édifice de pierre de 68 m de long et 31 de large dont le projet a vécu tant de péripéties qu’il serait vain de les décrire dans ce compte rendu. Nous faisons le tour du fort avec une vue sur l’arrière que nous ne voyons jamais, avec un ponton utilisé pour la «technique» de la fameuse émission de télévision.

Nous prenons ensuite la direction de l’île d’Aix où nous accostons vers 11h00. Cela nous laisse du temps pour une petite promenade paisible sur une île où on ne circule qu’à pied ou à vélo. Certains vont visiter la maison Napoléon tandis que d’autres se contentent de flâner au gré de leur imagination. Ce qui est certain, c’est que nous nous retrouvons au restaurant «Le pressoir»

pour un dernier grand repas «en famille». C’est un restaurant à l’ambiance décontractée avec une cuisson des viandes au feu de bois qui chauffe allègrement la salle. Le menu est tout aussi décontracté que le restaurant, ce qui se traduit par une réelle ambiance bon enfant du groupe et pousse l’ami Jean-Michel

à entonner avec sa voix de stentor quelques chansons bretonnes : Fanny de Lannion, Le pont de Morlaix, Jean de Nantes ou encore Jean Quemeneur, chansons qui sont même parfois reprises à haute voix par le jeune responsable de la cuisson à la cheminée. L’ambiance est au beau fixe. Quand les assiettes et les verres sont vides et que le café est bu, nous regagnons tranquillement ce qu’on pourrait appeler le «centre ville» où le guide Antoine nous attend pour une visite plus approfondie. Toute la visite ce fera au rythme de la vie d’ici, c’est-à-dire tranquillement et sans bruit.

En 1692, le tracé des fortifications est réalisé par François Ferry sur les conseils de Vauban. Le but est de défendre La Rochelle, Rochefort, Brouage et l’embouchure de la Charente.

En 1794, des centaines de prêtres réfractaires sont ensevelis dans l’ïle après une mort dans des conditions épouvantables.

Napoléon Ier séjourne une semaine sur l’île, du 8 au 15 juillet 1815, avant de quitter à jamais la terre de France. Il embarque pour le Royaume-Uni mais en réalité il est emmené sur l’île de Sainte- Hélène. Aujourd’hui, l’île d’Aix compte 250 habitants et les sites les plus intéressants sont le fort Liedot, le fort de la Rade et les deux phares hauts de 25,3 mètres chacun et séparés de 15 mètres : la tour Est porte le feu tandis que la tour Ouest porte le filtre rouge.

Après une belle promenade dans la ville, nous allons nous désaltérer à la terrasse d’une brasserie puis ce sera le retour vers Rochefort avec le même catamaran. A bord, l’ami Eric Varin est déchaîné et va jusqu’à mettre de l’ambiance avec les autres touristes qui s’amusent beaucoup.

Il est 18h30 quand nous accostons au ponton de la corderie Royale. La journée a été très bonne et nous en avons plein les pattes ! Le soir, ce sera quartier libre, chacun faisant ce qu’il a encore le courage de faire. Bonne nuit les petits !

Lundi 20 juin 2016

Cette journée marque officiellement la fin de notre rassemblement. Dès le matin, les «au revoir» se succèdent et nous espérons tous que de telles journées pourront se renouveler le plus souvent possible.

Bilan.

Tous les guides mis à notre disposition ont su nous intéresser et cela a rendu nos nombreuses visites passionnantes. Nous tenons également à remercier l’ensemble du personnel du Cercle de Rochefort qui fit tout ce qu’il pouvait pour nous être agréable.

A la prochaine, très certainement à Vannes.