Souvenirs par Daniel STURNY : La porte saloon

Témoignages

La porte saloon campagne 67/68

Je pars 48 heures en permission et je profite au mieux de ces jours de liberté car, au retour, c’est l‘appareillage pour une semaine d’essais à la mer.

Là, les choses sérieuses commencent, nous trouvons la grosse mer ; les creux, et les belles lames sont au rendez- vous. Pour les postes aviation, ces conditions de mer sont difficiles d’autant que, sur

l’ensemble des trois équipes du PONEN, il y a une forte majorité de camarades qui souffrent du mal de mer. Étant exempt de ce désagrément, je n’usurpe pas mon titre de «roi» des bains douches avec, en guise de sceptre, la lance à incendie pour remédier à la décoration vomitive de mes petits copains.

Pourtant, si je semble à l’abri des gros malaises, une aventure inédite me guette. Ce mauvais temps va me faire exécuter une cascade périlleuse et rigolote – après coup ! Me trouvant dans l’obligation de passer par la batterie des «turcs» pour les besoins de la nature, je me positionne accroupi, en équilibre avec mon pantalon à mi-mollets quand, tout à coup, le navire plonge son étrave dans le creux de la vague. Me voilà parti en arrière, me cognant le dos contre le robinet de la chasse d’eau qui, en plus de me faire mal, m’arrose

copieusement. Le navire, ignorant mon problème, poursuit sa danse, remonte à la vague. Et me voilà parti dans l’autre sens, la tête la première, tapant dans les deux petites portes de type saloon censées préserver notre intimité. J‘ai fort heureusement le temps d’attraper, de justesse, les deux poignées de sécurité.

Je me retrouve donc la tête coincée vers l’extérieur entre les deux portes des WC, le pantalon aux chevilles, le cul en l’air et trempé jusqu’aux os. Une vraie scène de cinéma. Je réussis à rectifier ma fâcheuse position mais je suis bon pour me doucher, me changer et laver mes fringues.

J’éclate de rire pour ce qui vient de m’arriver mais, si le ridicule avait tué, je serais mort sur le champ.

Avec le mal de dos dont je suis malgré tout gratifié, je me jure d’aller tous les jours aux WC des officiers qui, eux, sont équipés de cuvettes.