
Avant d’être embarqué sur le croiseur Jeanne d’Arc, mon père a suivi l’école des fusiliers marins de Sirocco en Algérie. Cette école était située au cap Matifou. En septembre 1945, la guerre était encore présente et il y avait en Algérie des prisonniers de guerre allemands qui étaient gardés par des Français, dont des marins.
Ces prisonniers, comme tous les prisonniers de guerre, n’avaient qu’une envie, celle de s’évader et donc, pour éviter les évasions, les gardes étaient armés de vieux fusils Lebel datant de la guerre 1914/1918.

Un jour que mon père surveillait la promenade quotidienne des prisonniers, il en vit un qui tentait de fuir en prenant la direction des barbelés. Après quelques sommations qui ne donnèrent aucun résultat, mon père épaula son fusil et fit feu dans les jambes du fuyard et… il le rata.
Le bruit du coup de feu a attiré l’attention des gradés qui sont venus voir ce qui se passait. Mon père expliqua au second maître les circonstances de l’incident avec le ratage du coup de fusil. C’est alors que ce second maître lui a administré un sérieux coup de pied au cul en guise de punition, coup de pied d’autant plus fort que 70 ans après il s’en souvient encore.
Ce second maître s’appelait Jean-Alexis Moncorgé, plus connu plus tard sous le nom d’artiste de Jean Gabin, qui avait fait la guerre dans les fusiliers marins de la 2ème DB et qui était alors en instance de démobilisation.
Comme disait mon père : «Quitte à prendre un coup de pied au cul, autant que ce soit par quelqu’un de célèbre !»
