
Le 4 avril 2008, il y a urgence au large de la Somalie. Une prise d’otages, opérée par 12 pirates somaliens, se déroule sur le voilier Ponant comptant 30 membres d’équipage dont 22 Français. Il nous faut agir vite car, comme le dit Hervé Bléjean, commandant du groupe école, «le marin est le gardien de son frère». Le chef machine fait donner tous ses chevaux vapeur à la vieille Jeanne qui en a encore les moyens, grâce au remarquable entretien de toute la machine par des équipes de mécanos performants. Ce jour-là, nous avons battu un record de vitesse et de durée dans l’action.
Nous sommes en route vers le lieu signalé de la prise d’otages ! L‘aviso Commandant Bouan, basé à Djibouti, est déjà sur place.
Les réunions opérationnelles se succèdent à tous les échelons de la hiérarchie. L’équipage fait preuve d’un élan exceptionnel, comme pendant la mise en condition OPS (1) (par ALFAN), juste avant le départ en mission.
En effet, dans ce contexte particulier, les marins de la Jeanne doivent gérer l’arrivée d‘un important personnel extérieur et il faut donc mettre en place et organiser l’accueil des divers détachements qui embarqueront à bord (logements /repas/rôle de chacun à bord) grâce aux fiches d’embarquement délivrées par moi-même, le capitaine d’armes, tout cela expliqué en détail à chacun.

Dans la nuit, après un largage en mer (tarpon), nous recevons les commandos de marine ainsi que l’amiral ALFUSCO (2), Marin Gillier, 10 gendarmes du GIGN ainsi que tout le matériel nécessaire à cette action spéciale (armes /munitions etc.)
Il faut également préparer les hélicoptères, surtout l‘Alouette, avec des gilets pare-balles au niveau du parquet ! Les hélicoptères Gazelle sont armés de missiles HOT
(3) par l’ALAT
La situation sur place est précise : il y a 30 otages pris par 12 pirates qui demandent une rançon de deux millions cinq cent mille dollars ! Une transaction est engagée entre la cellule de crise de l’Élysée, le CPCO (5) et la DGSE qui effectue des écoutes téléphoniques sur les pirates. Les consignes des pirates sont claires : si la rançon demandée n’est pas rapidement payée, ils tueront tous les otages !
Le surlendemain, soit le 6 avril, le contexte est de plus en tendu et les négociations prennent forme entre l’armateur et les pirates. Un protocole est établi et, le vendredi 11 avril, les otages sont rassemblés sur le pont du Ponant afin que l’échange puisse s’effectuer en Zodiac. Le GIGN apporte l’argent à mi-parcours puis s’en retourne sur la Jeanne tandis que, sur le Ponant, les pirates attendent avant de disparaître. Durant cette opération un pirate tombe à l’eau et se noie.
Les otages sont libres ; le commandant du Ponant, Patrick Marchesseau, sautera à l’eau le dernier.
Dès la libération des otages, l‘action est lancée ! Le GO (4) est donné par le Président de la République, la cellule de crise et le CPCO. Toutes les données ont été pesées et nous avons l’accord du gouvernement somalien.