
Pour le départ de la nouvelle campagne, on m’annonça que deux officiers du DSI et moi devions préparer la salle à terre pour la fête du départ de campagne. Il fallait dresser les tables avec en priorité la table d’honneur et assurer la décoration florale. Pendant ce temps-là, et durant 3 jours la Jeanne, avait quitté Brest pour le golfe de Gascogne afin d’effectuer des essais à la mer. De notre côté, on travaillait dur mais on était loin d’être malheureux à terre
Le jour du bal et de l’élection de la Miss, l’ambiance était sympathique, presque familiale mais on sentait une atmosphère un peu particulière à cause de la longue séparation qui attendait tout ce beau monde.
En remerciement du travail fourni, mon copain Nicolas et moi-même fûmes parmi les rares matelots du bord à avoir été invités à cette fête. C’est ainsi que nous avons fait connaissance avec deux jeunes et jolies Brestoises. Nous avons attaqué de belles séries de slows dont je me souviens encore … « When a man loves a woman ». Ayant l’œil un peu partout, je remarquai que le bidel nous observait avec un regard qui en disait long.
A la fin de la série de slows parfaitement bien animée par la musique des équipages de la flotte, nous regagnions notre table avec les deux jeunes filles et voilà que le Capitaine d’Armes vient directement vers nous. Ma cavalière se lève et dit :
- « Ha papa, viens je vais te présenter mes amis «

Sélect et mondain, le père nous serre la main et nous lance : « Tout va bien ? »
- Tout va bien, aucun problème ! Sur cette réponse, le Bidel nous invite à sa table et nous présente son épouse et un ami à lui, Maître principal sur la Jeanne. Nous pensions avoir une pleine liberté lors de cette fête mais, à notre grand regret, il y avait une surveillance que nous n’attendions pas. La preuve est, quand nous sommes retournés danser, le Bidel n’a pu s’empêcher de nous dire :
- Veillez au grain les gars, c’est ma fille et son amie. N’oubliez pas que les distances sont réglementaires.
Le lendemain, comme chaque matin, je vais saluer le Capitaine d’Armes qui me dit :
- Alors Reumaux, bien rentré, pas trop fatigué ?
Je réponds : « Non, pas du tout Capitaine nous avons passé une excellente soirée » et je précise pour bien montrer que la compagnie de cette soirée fut très agréable :
» Vous avez une fille charmante qui aurait pu être miss ou dauphine de cette soirée ». Il me répond alors : «Je sais, j’ai été matelot avant toi, on ne me la joue pas. J’espère que votre attitude sera aussi gentleman lors des prochaines escales.»
De retour au BSI, je salue les officiers mariniers dont certains étaient au bal et ils me disent sérieusement : « Quelle chance tu as eu d’avoir été invité à la table du Boss. Comment as-tu fait ? » Après les explications…sourire général !