Souvenirs par Jean-Pierre RUMEAUX : Un mouvement inhabituel

Témoignages

Du 17 décembre au lundi 27 décembre 1971, nous devions faire escale à Raiatea. Vers 16h00, le jour de notre arrivée, nous étions au mouillage pas trop loin de la côte de l’île. Étant donné que nous devions quitter Raiatea

10 jours plus tard, il ne faisait aucun doute que nous allions passer Noël sur l’île.

A 17h00 les vedettes étaient parées pour emmener à terre le Commandant, son état-major et sa garde d’honneur. Mes fonctions de matelot hallebardier m’imposaient de monter à bord de cette première vedette en compagnie des officiels.

A peine avions nous quitté le bord que des matelots restés sur la Jeanne, amassés sur le pont d’envol et les passavants, nous abreuvèrent d’insultes. Le problème est que j’ignorais les raisons de cette manifestation d’hostilité. Le commandant, sans s’occuper de ces protestations, nous dit simplement :

«Faites route». Puis, dans la foulée, il réunit ses officiers dans l’habitacle de la vedette.

Nous étions sous ordre et/, sur le pont, mais on se doutait bien qu’il se passait quelque chose d’inhabituel.

Cela ne nous empêcha pas d’accoster à l’endroit prévu et d’y être accueillis par la musique marine de Taiata, le maire, la municipalité, les officiels et de nombreux habitants.

Par le volume des applaudissements, il était clair que la foule était heureuse de nous recevoir. Il y avait des banderoles portant l’inscription :

« Bienvenue à Raiatea aux marins de la Jeanne d’Arc et du Victor Schoelcher », sans oublier ceux qui portaient des tee-shirts de circonstance.

Pourtant, le maire avait l’air contrarié car le reste de l’équipage n’arrivait pas et cela parut vite anormal. Le maire parla en aparté avec le commandant, Gérard de Castelbajac. Que se sont-ils dit ? Je n’en ai aucune idée mais, après quelques échanges téléphoniques entre la terre et la Jeanne, les embarcations arrivèrent avec les premiers permissionnaires dont certains étaient en tenue réglementaire tandis que d’autres étaient habillés comme des touristes, voire même en tenue de bain, ce qui n’était pas vraiment conforme aux habitudes !

Devant notre légitime étonnement, le Bidel se dirigea alors vers notre groupe pour nous informer des raisons de ce mouvement de contestation Il nous expliqua qu’il y avait eu une grève des permissionnaires à cause d’une mauvaise interprétation d’un message du maire adressé au commandant, demandant que les marins venant à terre ne soient pas en uniforme. Or, les marins tenaient à leur uniforme qui leur assurait «prestige» et contact plus facile avec la population.

Les raisons de cette étonnante demande ne nous ont jamais été données. Quoi qu’il en soit, l’affaire fut rapidement réglée à l’amiable et chacun put venir à terre habillé comme il l’entendait, ce qui, à cette époque, n’était pas chose courante et qui n’a pas dû trop plaire au commandant détenteur du respect strict des consignes pour les marins de l’époque.