Souvenirs par Joël Chandelier: Le marché de Noël des OMS

Témoignages

La campagne 1987/1988 est partie de Brest le 8 décembre et la première escale fut Istanbul, du 18 au 23 décembre 1987. Jusque là, rien d’exceptionnel, Istanbul étant une escale parmi tant d’autres. L’escale suivante serait Djibouti, du 31/12/87 au 04/01/88, ce qui voulait dire que nous passerions Noël en mer. Cela n’étonnera personne puisque tous ceux qui ont navigué sur la noble dame savent que les fêtes de Noël se passaient en mer et que, en dehors de la partie religieuse, c’était aussi synonyme de fête dans le hangar « avia ».

Bien sûr, le concours de crèches par poste fut organisé ainsi que la célébration de la messe de la Nativité mais on demanda également à chaque poste (OE, OMS, OM et équipage) de présenter un numéro de variétés pour la soirée récréative. Pour l’instant rien d’exceptionnel non plus.

Au carré des OMS, les idées fusent et un numéro de variétés est choisi : ce sera un numéro de French Cancan, présenté par les « plusbelles girl’s » du carré des OMS avec l’aide musicale des musiciens de la Flotte. Les moments de liberté durant la traversée Brest/Istanbul permettent de travailler les chorégraphies en musique mais, pour faire plus vrai, il est décidé de grimer et costumer les « danseuses ». Si à bord on ne manque jamais de trouver ici ou là des moyens de déguisement, dans ce cas précis, la barre est montée très haut car il faut trouver des dessous féminins.

Qu’à cela ne tienne, l’escale d’Istanbul nous permettra de trouver ce qui nous manque dans ce grand bazar mondialement connu qu’on appelle aussi Souk.

Bref, dès le 19 décembre, voilà nos 12 OMS descendant à terre, en tenue pour bien montrer leur appartenance à la marine Nationale française, et prenant la direction du Souk et de ses magasins de vêtements. Vous devriez pouvoir aisément imaginer la tête des vendeurs nous voyant acheter, soutien-gorge, bas résilles, porte-jarretelles, sans oublier robes et petites culottes. Le moment d’étonnement passé, ce fut le fou rire général dans le Souk. Un fou rire qui se renouvela lorsque, dans l’après-midi de la soirée récréative, chacun se grima en « plusbelles girl’s ».

Il est fort probable que, dans le Souk d’Istanbul, résonnèrent longtemps les commentaires des commerçants sur les possibles raisons de ces achats des marins français.  » Ils sont fous ces marins » !

Notre numéro eut un franc succès malgré, je dois l’avouer, une chorégraphie pas toujours synchro avec la musique. Pour la petite histoire, n’étant jamais le dernier à faire le pitre, je faisais partie de la troupe des « Plusbelles Girl’s » et il y avait également notre homme de couleur, le boulanger, qu’on surnommait « Tonton YA » et qui avait décidé de s’habiller tout de blanc.

Istanbul restera pour moi et mes autres camarades le souvenir des achats au Souk. J’ai bien évidemment d’autres histoires JDA mais elles sont moins racontables.