Une page d’histoire : Les Armadas de Rouen

Info et Histoire
1994 Rouen Armada - 2 -

Par Jean-Jacques Dujardin

Je ne peux parler des Armadas de Rouen sans évoquer la genèse de cette fête très populaire consacrée à la marine mais surtout aux grands voiliers mythiques des marines du monde.

Dans les années 1980, Jean Lecanuet, maire de Rouen, cherche une idée pour animer les quais du port maritime en dehors des habituels navires marchands et de ses péniches. Son adjoint, Patrick Herr, lui propose alors une course au large vers New York au départ de Rouen afin de célébrer le centenaire de la statue de la Liberté. Peut-être est-il utile de rappeler que le 17 juin 1885, la statue arrivait à New York à bord de la frégate Isère, partie de Rouen un jour de mai 1885. Cette statue, réalisée par le sculpteur Bartholdi, a été offerte par la France à la ville de New York et dévoilée le 28 octobre 1886.

Donc, la course eut lieu et fut baptisée : « La course de la liberté ». Le public fut au rendez-vous de cette épreuve qui vit la victoire d’Eric Loizeau et de Patrick Tabarly (frère d’Eric Tabarly). Suite au grand enthousiasme pour cette fête populaire et l’animation sur les quais de Rouen, le maire de Rouen demande à son adjoint Patrick Herr de répondre favorablement aux projets d’animation des quais de Rouen. C’est ainsi que la grande aventure des Voiles de la Liberté est lancée. C’est donc du 9 au 16 juillet 1989 que la première Armada est lancée et intitulée : « Les voiles de la Liberté », placée sous le parrainage de Patrick Tabarly qui vient tirer des bords sur son Pen Duick dans le port de Rouen. Ce rassemblement de bateaux voit arriver 21 grands voiliers. Cette première édition amène une foule considérable et, devant ce succès phénoménal, la décision est prise d’organiser tous les 4 à 6 ans ce genre de rassemblement.

La deuxième édition de l’Armada de la Liberté se déroule du 10 au 17 juillet 1994 et est placée sous le patronage du navigateur Gérard d’Aboville. Sont présents à ce rassemblement, vingt-huit grands voiliers, dix-sept bâtiments militaires plus celui qui fut appelé le « navire amiral » avec notre porte- hélicoptères Jeanne-d’Arc dont Rouen est l’une des villes marraines.

A cela, il faut ajouter l’étonnante présence de deux sous-marins français : L’Agosta et le Psychée. Le succès de cette fête maritime ne se démentira pas.

En 1999, c’est l’Armada du Siècle qui se déroule du 9 au 18 juillet. Pas moins de trente-deux grands voiliers, onze navires militaires seront présents sous le parrainage d’Olivier de Kersauson.

Le voilier école Cuauhtémoc, trois-mâts barque mexicain, avec ses 2368 m² de voilure (28 voiles) a battu un record de fréquentation : 1000 visites par heure, fermant son bord vers les 4h30 du matin. Les points forts furent le défilé du 14-Juillet survolé par la Patrouille de France, un feu d’artifice tiré chaque soir puis, le dernier jour, la descente de la Seine sur ses 120 km de méandres par tous les navires animés par leurs équipages, notamment les marins du Simon Bolivar dans les vergues et ceux du Cuauhtemoc sur fond de rythmes endiablés.

Il a fallu attendre 2003 pour revoir la quatrième grande fête maritime qui se déroula du 28 juin au 6 juillet avec toujours comme parrain OIivier de Kersauson. Vingt grands navires et une dizaine de navires de guerre étaient présents, avec bien sûr les feux d’artifice et concerts quotidiens qui ont reçu pas moins de 300 000 visiteurs.

L’Armada 2008 s’est déroulée du 5 au 14 juillet et a accueilli une trentaine de grands voiliers et une dizaine de navires militaires dont trois navires japonais, ce qui fut une grande première à Rouen.

Le voilier italien Amerigo-Vespucci a fait sensation, étant le tout premier navire à passer sous les tabliers levés du tout nouveau pont Gustave-Flaubert.

Cinq ans plus tard, en 2013, sixième édition du 6 au 16 juin. Plus de quarante navires ont participé à cette manifestation marquée en grande pompe par l’inauguration, à la pointe de l’île Lacroix, d’une des ancres de notre navire Jeanne d’Arc. Je ne peux oublier la présence du navire Monge qui, avec ses antennes démesurées, a grandement impressionné le nombreux public venu le visiter.

En 2019, c’était la septième édition, du 6 au 16 juin, avec ses 46 navires, ses 7000 marins venus du monde entier et ses 16 bateaux de croisière qui circuleront durant 10 jours sur la Seine afin d’offrir aux spectateurs un angle de vue différent sur les bateaux. A signaler la présence pour la première fois de l’Hermione qui a reçu 3300 visites par jour.

La version 2023 s’est terminée le 18 juin après 10 jours qui furent tout aussi intenses que les autres années. Tous navires confondus, il y en avait quarante- trois dont le Marité, l’Étoile du Roy, le Belém pour les plus connus, sans oublier les « vedettes » étrangères comme le Cuauhtémoc. A signaler la présence de la FREMM Normandie qui, elle aussi, a reçu un chaleureux accueil des visiteurs. Bien évidemment on a pu regretter l’absence du plus grand voilier école du monde, le Sedov, un quatre-mâts barque russe de 117 mètres de long.

Nul besoin d’expliquer la raison de cette absence remarquée. Toutes ces éditions, depuis la création de l’Armada en 1989, se sont terminées en apothéose le dernier jour avec le départ de tous les navires, échelonnés sur les 120 km de Seine qui relient Rouen au Havre. Il faut imaginer les familles entières venues pique-niquer sur les 240 km de berge (rive droite et gauche) pour assister à ce grandiose

La moyenne de fréquentation sur les 10 jours de fête est comprise entre 6 à 7 millions de visiteurs, ce qui en fait la deuxième fête la plus populaire de France après le Tour de France cycliste. La raison de ce succès est la totale gratuité du site. Tout y est gratuit, de l’accès aux quais à la visite des voiliers, sans oublier les concerts et les feux d’artifice tous les soirs. Ce qui offre à tout le monde, et surtout aux familles modestes, la possibilité de s’offrir un spectacle inoubliable.