Une page d’histoire : Nicolas Benoît

Info et Histoire
2010 Nicolas Benoît - 2 -

Par Jean-Jacques Dujardin d’après des documents transmis par Francis Welche

Durant «l’étonnant» printemps 2020, Francis Welche m’a adressé un solide dossier sur un certain Nicolas Benoît. Qui est donc ce personnage, né le 15 octobre 1875 à Roanne ?

Après de bonnes études au lycée d’Alger où ses parents sont arrivés lorsqu’il avait neuf ans, Nicolas Benoît est admis à l’école navale en 1893. Diplômé, il embarque en 1896 à bord de l’Iphigénie, alors croiseur école d’application des Enseignes de Vaisseau, pour un tour du monde. En janvier 1896 il est affecté à Toulon puis, un an plus tard il embarque sur le croiseur Duguay-Trouin, Division Navale de l’Océan Pacifique. Il est nommé enseigne de vaisseau en octobre 1898.

Après un retour sur Toulon, il est affecté en 1900 comme second sur le torpilleur Alarme, station Granville, en tant qu’officier breveté canonnier. En 1901 il embarque sur le croiseur Infernet, Division Navale de l’Océan Indien. Le 1er janvier 1904, il rejoint l’école des fusiliers marins de Lorient d’où il sortira officier breveté fusilier. En 1905 il prend le commandement d’un torpilleur vedette de la première flottille de torpilleurs en mer de Chine. Il est nommé lieutenant de vaisseau le 8 mai 1906. Après différentes affectations, puis à son retour d’Angleterre où il a suivi une formation d’interprète militaire, il est fait Chevalier de la légion d’Honneur le 12 juillet 1911.

C’est au cours de son séjour en Grande-Bretagne (1910/1911) qu’il découvre le scoutisme naissant de Robert Baden-Powell et il s’y intéresse de façon très minutieuse. Il rédige une lettre-rapport qu’il adresse à Théophile Delclasse, ministre de la marine qui y voit un intérêt et lui accorde un congé de 4 mois à demi-solde pour introduire le scoutisme en France.

Il poursuit alors son activisme en France et, aidé par de nombreux militaires, il obtient une entrevue avec le baron Pierre de Coubertin afin d’échanger leurs idées sur le scoutisme ; mais les deux hommes n’arrivent pas s’entendre. En 1911, avec Georges Bertier, il fonde la première association laïque de scoutisme, «Les éclaireurs de France», qui sert de base à André Cheradame pour fonder l’association éponyme le 2 décembre 1911. Malheureusement, Nicolas Benoît n’aura pas le temps de profiter de l’essor de cette association démarrée en février 1912 car, après un embarquement sur le torpilleur Pique puis une affectation à l’état-major de la marine en 1913, le premier conflit mondial éclate. Il se porte volontaire pour aller combattre sur le front de l’Yser en Belgique. Nicolas Benoit tombera le 17 décembre 1914, mortellement frappé lors d’un échange à la baïonnette alors qu’il était à la tête de la 2ème compagnie, à Nieuport-Steenstrate. Il venait d’avoir 39 ans.

Il fut enterré dans le cimetière militaire de Moulin-Pyregraale-Reningue en Belgique puis il sera transféré en février 1922 à la nécropole de Notre-Dame de Lorette sur la commune d’Ablain-Saint-Nazaire.

Il est à noter que son épouse, dite «Mère Louve», continuera à servir activement la co-fondation de son mari en tant que commissaire régionale adjointe des Éclaireurs de France à Alger.

Notre-Dame de Lorette est la plus grande nécropole de France. Elle est située sur une colline haute de 165 m qui découvre une vue magnifique sur le bassin minier, pas très loin de Liévin sur la route d’Arras, au pied des villages d’Ablain-Saint-Nazaire et de Souchez. Cette nécropole regroupe 40 058 corps de soldats tués en Artois et en Flandre (maritime et secteur Ypres). Le décompte très macabre est de 19 987 tombes de corps identifiés, 19 998 inconnus en 7 ossuaires, plus 64 Russes, 1 Belge, 1 Roumain, pour un total de 40 058 morts pour la France. Quelques kilomètres plus loin, à Neuville-Saint-Vaast, se trouve la plus grande nécropole allemande avec environ 44 000 corps.

Le 30 novembre 2014 a été organisé un hommage pour les 100 ans de la mort du lieutenant de Vaisseau Nicolas Benoît et des 57 autres officiers, officiers mariniers, quartiers- maîtres et matelots tués à l’ennemi durant le premier conflit mondial.

Si vous souhaitez en savoir plus sur la terrible bataille qui tua le lieutenant de vaisseau Nicolas Benoît, je vous invite à taper sur Google : «Les combats oubliés de Steenstraete les fusiliers marins de Ronarc’h après Dixmude (décembre 1914). Ce qui est raconté fait froid dans le dos !